A la Comtesse de Die

A la Comtesse de Die / Ernest Chalamel

  

  A la Comtesse de Die. Un poème de circonstance écrit et prononcé par Ernest Chalamel pour l’inauguration du buste de la comtesse de Die sur l’ancienne place de l’hôtel de ville, pas loin de l’évêché, le 12 aout 1888. Un parterre de Félibres, les autorités, un banquet, les vins du terroir… Un discours officiel en quelque sorte, avec toute l’emphase habituelle, pas très loin de la caricature.


 

A la Coumtesso de Diô
Illa felibrorum est regina,
omnisque Feliber condignum
obsequium reddere debet ei.

 

O gente dono ! O segnouresso !
Perlho de moun béu Doufinat
De la glorio dei Felibresso
Encuei venèn te courouna

O gente dame ! O souveraine (seigneuresse !)
Perle de mon beau Dauphiné,
Nous venons te couronner en ce jour
De la gloire des Félibresses.

Car sian, nous autrei, lei Felibre,
Teis eiretié lei mai fideu
Que counservan dins nostei libre
Tei chant d’amour coume se deu

Car nous sommes, nous, les Félibres,
Tes héritiers les plus fidèles,
Qui conservons dans nos livres,
Tes chants d’amour, comme il convient.

En tu voulen faire revieure
La flour d’un passat noble e grand ;
E per un moument tourna beure
Lou vin que bevion nostei grand !

En toi nous voulons faire revivre
La fleur d’un passé noble et grand,
Et pour un instant nous désirons boire
Le vin que buvaient nos aïeux.

Flour de joio e de courtesio
Vin de pouésio e d’amour
Qu’enmialon d’un rai d’ambrousio
L’amar de nostei marrit jour…

Fleur de joie et de courtoisie,
Vin de poésie et d’amour,
Qui adoucissent d’un rayon d’ambroisie
L’amertume de nos mauvais jours

Oh ! dreisso la ta caro bello
Vès l’azur e vès lou souleu !
Lou mieijour de tu se rappello
Miei que de sei prince beleu ?…

Oh ! Tourne ton gracieux visage
Vers l’azur et vers le soleil !
Le midi garde meilleure souvenance de toi,
Que de ses princes peut-être ?

Se souvént coume èrei superbo,
Tu, la Reino dei Cour d’amour
Vount lusissiei, mai que dins l’erbo
Lei diamant de l’eigagno ’n plour !

Il se souvient combien tu étais belle,
Toi, la Reine des Cours d’amour,
Où tu brillais plus que ne brillent dans l’herbe
Les diamants de la rosée en pleurs

Se souvent de toun arderesso
Per lou beù Guilhem, toun amant,
Que dins ’ no suprême caresso
Rendè l’amô en beisant ta man.

Il se rappelle ton ardent amour
Pour le beau Guilhem, ton amant,
Qui dans une suprême caresse,
Rendit l’âme en baisant ta main.

Oh ! qunte amour lou trespourtavo
Lou Troubaire meloudious
Que, sus eù, tei beu vers pourtavo
Coume un talisman precious !

De quelle passion amoureuse
Il était animé le trouvère aux suaves mélodies,
Qui portait sur lui tes beaux vers,
Comme un talisman précieux.

Tu que puleù que de deidire
Lei mot dei sarramen sacra
Leisserei toun divin sourire
D’un négre doù se meschira…

 Toi qui plutôt que de manquer
Au serment donné,
Laissas ton divin sourire
S’éteindre sous des pensées de deuil.

Tu que coume la bloundo estialo
De darrié ’ n nivou s’acatant,
Sou lou vouale dei couventialo
Renounciêrei tout lou restant

Toi qui, de même que la blanche étoile
Se dérobant derrière un nuage,
Prit le voile de religieuse,
Pour renoncer à tous les plaisirs du monde

 


A la Comtesse de Die : Buste

Tu qu’aviei reçoupu l’oûmage
Dei troubaire e di Chivaliè
E tengu dins un dous servage
D’amour, lou mieijour tout entié ;

Toi qui reçus l’hommage
Des trouvères et de chevaliers
Et retins dans un servage
D’amour le Midi tout entier.

Tu qu’un rei amai n’emperaire
Eron jalous de te chanta
E s’éron fa leis adouraire
De ta gràciö e de ta beùta.

Toi qu’un roi et qu’un empereur
Furent jaloux de célébrer
Par leurs chants, adorateurs sincères
De ta grâce et de ta beauté

Tu qu’erei noble e qu’erei reino
Autant que sous lei flourdalis ;
Qu’aviei dei dieusso la deigueno
E lou mialicous paraulis,

Toi qui fus tout aussi noble et aussi reine
Que celles nées sous les fleurs de lys
Et qui eus le port majestueux
Et le parler de miel d’une déesse.

Dins ta beùta ’ n flour t’embarêrei
Per ploura toun ami de couar…
Un an tout en plen lou plourêrei
E mouriguèrei de sa mouart !…

Malgré ta beauté, tu t’enfermas
Pour pleurer l’ami de ton cœur…
Et mourus de sa mort,
Après l’avoir pleuré une année entière.

Ah ! lei coumplanchei de toun amô
Dins noste parla prouvençau,
Qunt ’ eis lou couar que noun leis amo ?
Lou Felibre que noun lei saup ?

O que les plaintes de ton âme
Exhalées dans notre parler provençal,
Quel est le cœur qui ne les aime ?
Le Félibre qui ne les sait ?

Qu n’a pas pres dins sa jueinesso
Per bressa sei pantai de fio
Tei chant d’amour, ô Felibresso !
Tei beu vers, Coumtesso de Diô ?…

Qui de nous n’a dit dans sa jeunesse,
Pour bercer ses rêves ardents,
Tes chants d’amour, o Félibresse !
Tes poèmes, Comtesse de Die ?

E vaqui perque créien juste
De t’auboura dins toun païs,
Dins l’antico Dea d’Aguste
Queste monument lauvaïs.

Aussi croyons-nous qu’il est juste
D’élever dans ton pays,
Dans l’antique Dea d’Auguste,
Ce monument à ta louange.

Car, coume lou preschavo au mounde,
Un dei noste, qu’eis au toumbeù
-« Fau que tout ço queis laid s’escounde
E que luse tout ço qu’eis beu !… »

Car ainsi que l’a dit au monde,
Un des nôtres déjà couché dans le tombeau : –
« Il faut que tout ce qui est laid se cache
Et que brille tout ce qui est beau ! »

Traduction Sernin Santy ed : Imprimerie Marcel Roche. Brive. (1892)

 


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