Chansons de Filles

Le Carnet d'Adelphine C.
Les Trois Soeurs

Nos étions tray séroulètes (bis)
A la riva d'un lai (bis).

Nos nos disions l'una à l'âtra
"Allin nos bagnolé"

Si le fi du rè passave
I nous emmèneray.

Mais, çan dit la plus petita
Ze n'y voi pas y aller.

Ze me garderai lè robe
Gens d'armes doit passer

Su celès mime parôles
Gens d'armes est arrivé

Ils l'ont pris, l'ont emmenia
Su Grison l'ont monté

Lont mené dedians lès frances
Tant ava qui pouvai.

Quand le fut dedans lès Frances
Le n'y fait que plorai

" De quoi tant plorer la bella
De quoi tant sospirai ?

Plorez-vous vôtre pare
Votre mera ou moi ?

ze n'y ploro point mon pare
Ni ma mera ni vo

Z'y plora mès amoirettes
Tant éloignés de moi

Ne les plorès point, la bela
Nos vos les peyerons

Cent écus dians ma borsetta
Sera pour vos donnai

si cela ne vos marie,
Jamais ne l'y serai".
Bien heurou sont louz homo
Qui le layssont eyta.

La Marion sos on Pomi

La Marion su' son pomiye, "
Que se, guinganâve (bis)
Que se guinganâve de cé
Que se guinganâve de lé
Que se guinganave.

On bossu vint a passà
Que la regardave (bis
Qué la regardave de cé
Que la regardave de lé
Que la regardave

N'agarda pas tant bossu
Vo n'et pas tant bravo ! (bis)
Vo n'et pas tant bravo de cé
Vo n'et pas tant bravo de lé
Vo n'et pas tant bravo

Que de sey bravo, que de sey l'edo,
Te sera ma mia. (bis)
Te sera ma mia de cé
Te sera ma mia de lé
Te sera ma mia

Si t'm'vou pour ta mia
Fau copa ta bossé (bis)
Fau copa ta bossé de cè
Fau copa ta bosse de lè
Fau copa ta bossé

Lo Marion prin son ketiô
Per y copa sa bossè. (bis)
Per y copa sa bossè de cè
Per y copa sa bossé de lè
Per y copa sa bossè

Quand la bossè fut copâ
Le bossu plorave. (bis)
Le bossu plorave de cè
Le bossu plorave de lè
Le bossu plorave

Ne plora pas tant, bossu
On vo rindra la bossè (bis
On vo rindra la bossè de cè
On vo rindra la bossè de lè
On vo rindra la bossé

Quand la bossè fu rindua,
Le bossu chantave (bis)
Le bossu chantave de cè
Le bossu chantave de lè
Le bossu chantave

Les Trois bons drôles

Nous étions trois garçons bons drôles
Mais tous les trois du même accord,
Voyageant dans tout le pays, Cherchant fortune.
En leur chemin ont rencontré
Trois jolies brunes.

Il les ont pris par leurs mains blanches,
Au cabaret les ont menées.
Au cabaret les ont menées,
Ces jolies filles.
Buvons, chantons, divertissons-nous,
Soyons tranquilles.

Mais quand il vient la matinée,
Ces beaux garçons s'en sont allés.
Ces beaux garçons s'en sont allés,
Avec adresse
En laissant le compte à payer
A leurs maîtresses.

Madam'l'hôtesse s'y prend garde :
En voyant ces amants partir
Bien vite elle est montée là-haut
Dire à ces filles :
Tous vos amants en sont partis,
Soyez tranquilles. »

Ell' se regardent l'une l'autre,
Toutes trois n'ayant point d'argent.
La plus jeune, tout en riant,
La plus volage,
Tir' l'anneau qu'elle avait au doigt,
Le met pour gage.

Ell's'en va d'un pas dégagé
A la maison d'son bienaimé,
Bonjour papa, bonjour maman,
Ma très chèr' mère ;
Votre fils est tombé dans l'eau De la rivière.

Il vous prie de bonne grâce
De lui envoyer son manteau.
Il est là-bas au bord de l'eau,
Tremblant sans cesse ;
Nous le couvrirons comme il faut,
Avec adresse.

Ell' revient d'un pas dégagé
Prend le manteau d' son bien aimé.
Rendez-moi vit' mon anneau d'or,
Madam'l'hôtesse :
Voici un gag' qui est plus fort.
Buvons sans cesse

Les Filles de la Matheysine

La filla de lou Machany
Vendoun lour couifa
Per un pot de vi
La naoutra
Fan pa coum'aco
Gardon lour couifa
Buvoun cooucou co

Les filles de Machany vendent leur coiffe pour un coup de vin, les nôtres ne font pas ainsi, elles gardent leur coiffe et boivent aussi

Les Femmes de Grenoble

Le fene de Grenoblo
Son de mau contenta.
Faut avey bonna boursa
Ela fare tinta.
Si comme mouche jaune
On le von arresta.
Faut din lou jardinageo
Souven le banquetta

Quand i sont à de nopce
Lour faut tout chapota
Jour e not en carrochi
E le faut charronta
I grondont à la couchi
Si ne sont bien monta.
Viront lo cu uz homme
Ne font que repita.

Les femmes de Grenoble / sont difficiles à contenter / Il faut avoir bonne bourse / et la faire sonner, / Si comme des mouches jaunes / on les veut arrêter. Il faut dans le jardinage /souvent les faire banqueter
Quand elles sont à des noces, / il leur faut tout couper./ Jour et nuit en carrosse / il faut les charrier. / Elles grondent au lit / s'ils ne sont bien pourvus. / Elles tournent le dos aux hommes, / ne font que regimber

Jusqu'à tant que per terra
I long ayant jetta.
Quand lour chambe sont lasse
Lou pied lour faut gratta,
Quand la son lez attaque
Faut vito chuchuta.
Quant lo jour le réveille
D'œu frais lou faut porta.

A la moda nouvella
Le faut attifetta
Per disna faut attendre
Qu'ell' ayont bigotta
Et qu'après lour servente
Les ayont tempesta.
A le carte, à le danze
Lour faut tout supporta.
Bien heurou sont louz homo
Qui le layssont eyta.

Jusqu'à ce que par terre / elles les aient jetés. / Quand leurs jambes sont lasses, / il faut leur gratter le pied. / Quand le sommeilles prend, / il faut vite parler bas. / Quand le jour les réveille, / il faut leur porter des œufs frais. / A la mode nouvelle / il faut les attifer. / Pour dîner il faut attendre — / qu'elles aient dit leurs patenôtres, / Et qu'après leurs servantes / elles aient tempêté. / Aux cartes, aux danses, / il leur faut tout supporter. / Bien heureux sont les hommes / qui les laissent tranquilles !

La Gantière de Grenoble

Je suis la petite gantière

Toute jeunesse, amour, gaité,

Et c’est moi l’alerte ouvrière

Qui fait l’orgueil de la cité.

Je suis la petite grisette

Grisette de noble maison,

Car mon aïeule était Lisette,

Et ma mère Mimi Pinson

 

Refrain

J’aime la belle humeur,

Mais on a du cœur

Et des sentiments nobles,

A Grenoble.

 

De l’atelier la nuit nous chasse ;

Joyeuses, nous nous envolons,

Nous faisons raisonner la place

Du bruit coquet de nos talons,

Nos refrains, nos éclats de rire

Font tous les carrefours chantants

Et sur nos pas on entend dire

C’est la jeunesse et le printemps

 

Au refrain

 

Faut-il donc lorsqu’on est jolie,

Lorsqu’on a l’œil clair et vivant

Engendrer la mélancolie ?

Autant vaudrait être au couvent !

Laissons les critiques moroses

En tristes sermons s’épuiser,

Aimons, aimons, nos lèvres roses

Sont bien faites pour le baiser.

 

Au refrain

 

Un grain de gaieté, de folie,

Empêche heureusement de voir

Trop en noir cette pauvre vie…

Mais on sait faire son devoir.

Plus d’une qui hante et babille.

Fille aux sentiments fiers et grands,

Soutient noblement sa famille,

Petits frères et vieux parents…

 

Au refrain

 

L’autre soir un type à la pose

Au jardin m’aborde, et… crûment,

Ila l’toupet d’me parler d’la chose.

Et bien alors ? Et le sentiment ?

Ma réponse, on se figure,

Jusqu’au quai je le remorquai,

Là,j’lui fis connaitre ma pointure…

Un cinq trois quarts, bien appliqué.

 

Au refrain

 

Oh ! Quant à l’amour pas de triche !

Lorsqu’elle a trouvé son vainqueur,

Elle donne, n’étant pas riche,

Tous les trésors de son grannd cœur

Car ce n’est pas chez la gantière

Qu’on prête l’oreille aux fareurs !

Ell’ donn’ des enfants à leur père

A la France des défenseurs 

Les Filles de Saint-Jean

Saint Jean est un petit bourg
Y a des filles tout autour
Y en a des petites et des grandes
Qui veulent se marier
Personne ne les demande

Elles sont allées dimanche à vêpres
- Tenez Monsieur l'abbé
Publiez la lettre.
Monsieur l'abbé n'a pas manqué :
Approchez-vous garçons d'ici
Les filles de Saint Jean
Veulent qu'on les marie
Les garçons ont répondu
Monsieur ont-elles des écus ?
Si elles en ont,
Il faut qu'elles soient jolies
Et si elles n'en ont point,
Elles resteront filles

Les filles ont répondu :
- Nous prennent-ils pour nos écus ?
Nous aimons mieux rester fillettes
Que de prendre ces libertins
Qui aiment la bouteille.
Fillettes comme moi
Ne prenez pas ces Avallois
Qui travaillent toute la semaine
Pour le dimanche boire la bouteille

La Belle qui fait la morte

Au long de ses lauriers
Marie s’y promène
Belle comme le jour
Blanche comme la neige
Trois jeunes capitaines
Viennent lui parler d’amour

Le plus jeune des trois
La prit par sa main blanche
Montez, montez, Mam’selle
Sur mon cheval gris
A Paris je vous emmène
En mon plus beau logis

Chemin faisant la belle
Fit rencontre de sa mère
Oh qu’elle lui dit
Va-t-en, Va-t-en ingrate
Tant loin que tu voudras.
Si jamais je te pleure
Que quand tu reviendras

A l’entrée de la ville
L’hôtesse la regarda
Soupez, soupez Mamzelle
Selon votre appétit
Entre trois capitaines
Vous passerez la nuit.
A ces mots,
La belle est tombée morte

Oh mais, dit le plus jeune
Qu’on sonne clairon trompette
Tambour à grand battant.
Puisque la belle est morte
A l’âge de quinze ans

Où l’enterrerons-nous
Cette belle princesse ?
Oh mais dit le plus jeune
Au jardin de son père.
Au jardin de son père
Sous un lilas fleuri.

Pendant trois jours
Son père s’y promène.
Ouvrez ma tombe,
Ouvrez-la donc si vous m’aimez,
Pendant trois jours j’ai fait la morte
Pour mon honneur garder.

Les Margoton

ya des fillet dedin Grenoblo (bis)
que n'migeon qu'un pou de tomma
La fari don daine !
Et porton de beau farballa,
La fari don dâ !

Il y a des filles dans Grenoble / qui ne mangent qu'un peu de tomme / la faridondaine / et portent de beaux falbalas / la fari don dâ !

Sovent'i n'ont point de chamisi (bis)
marchon sû l'jambe de leur bâ,
la fari don daine !
Per un pot de vi
Ont d'talon hiaut comme lo bra,
la fari don dâ !

Souvent elles n'ont point de chemises / Elles marchent sur les jambes de leur bas / La Fari don daine / Elles ont des talons hauts comme le bras / La fari don dâ !

N'ont de fei qu'una poura couchi (bis)
que ne vei pâ sovint de dra,
la fari don daine !
E porton d'chignon d'un quinta
La fari don da !

Elles n'ont parfois qu'un pauvre lit : qui ne voit pas souvent des draps / La fari don daine / Et elles portent des chignons d'un quintal / La fari don daine !

I ne parlon que de bombanci, (bis)
De polailli, dindon truffâ,
La fari don daine !
Et von mori à l'hôpita,
La fari don dâ !

Elles ne parlent que de bombance / de volaille, dindes truffées / La fari don daine ! / Et elles vont mourir à l'hôpital / La fari don dâ !

Yan a que sont incou bravoune (bis)
Mais faut toujou bien s'en maufiâ
La frai don daine !
Sont pire que lo colerâ
La fari don dâ !

Il y en a qui sont encore mignonnes / Mais il faut toujours bien s'en méfier / La fari don daine / et elles vont mourir à l'hospice / La fari don dâ !

Hérousamint que gn'yan a d'autres (bis)
Que sont sâg'et bien élevâ,
la fari don daine !
faut le peindre pe se mariâ
La fari don dâ !

Heureusement qu'il y en a d'autres / qui sont sages et bien élevées /La fari do daine ! / Il faut les prendre pour se marier / La fari don dâ!

Jaquety de La Sandrine

Des chansons de filles, des chansons écrites par des hommes bien évidemment, des chansons qui à force de clichés et de mauvaise foi accumulés démontrent ce que nous savions toutes et devons absolument apprendre à nos filles que les femmes soutiennent le monde et que les hommes naturellement lâches, fainéants, menteurs et cavaleurs.
Les femmes de Grenoble (une chanson de Jean Millet clôturant  La Bourgeoisie de Grenoble) les Margotton, la Gantière de Grenoble (quand débaptisera-on enfin le Boulevard G Rivet ?) sont d’une misogynie rare. La rengaine est connue, les femmes dègaliborda, ne pensent qu’à leur toilette, toutes des cocouares ou presque. On savait que le mariage bourgeois n’était pas sans affinité avec la prostitution, mais tant que candeur dans l’aveu mériterait presque le respect. Pour la perpétua
Les trois sœurs et La Belle qui fait la morte illustrent très bien ce côté midinette, le beau mariage, la vie facile, entretenu voire encouragé par l’éducation, l’école, l’église, la famille et finalement certaines d’entre nous prises au piège des apparences sociales. La Gran disait toujours qu’il n’y a pas de femmes perdues, qu’il n’y a que des femmes trompées, aveuglées, éblouies mais pas aveugles et tout à fait capables de se ressaisir (La jeune fille qui fait la morte.) s’agissant de la perpétuation des stéréotypes, je ne pouvais trouver mieux que Les filles de Saint Jean, le pendant féminin des San Zhano, un catalogue des vertus bourgeoises propre à faire des piliers de Sainte Agathe (côté banquet) perpétuant le statut déplorable des femmes. La Sandrine (Jaquety)

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