Chansons de garçons

Le Carnet de l'Adelphine C.
Les Gars du cours Berriat

Cette maudite barrière
Fit un quartier bâtard
Depuis le Drac Ampère
Jusqu'à la rue Anthouard.
Il nous manquait un maire
Mais nous l'avons trouvé
Il fait tout pour nous plaire
C'est un maire rêvé

Refrain
Nous sommes les gars du cours Berriat
Ceux du Pont du Drac à la Barrière.
On s'en fait pas
Advienne que pourra
Chantons toujours l'âme fière

Le vin, l'amour
Pour nous sont des chansons
Qu'on reprend toujours à l'unisson
Et quand dans la commune
Un ordre est voté
Cette loi peu commune
C'est vive la gaité !

Au refrain

Sur nos pavés qui brillent
Le long d'notre cours Berriat
On a de jolies filles
Ailleurs... Il n'y en a pas.e
Leur peau blanche de cygne
N'ont pas un seul bouton
Car ces petites malignes
Les laissent chez Reymond

Au refrain
Et lorsque midi sonne,
A l'église Saint Bruno
Chez Joya...plus personne,
Nous prenons l'apéro
Chez les bistrots qui bradent,
Avec ceux d'chez B V.
On laisse la limonade,
A ceux de chez Rivet

Au Refrain
L'dimanch'pour se distraire
Et s'amuser un brin,
On va à la barrière
Pour voir passer les trains
Ce pass' temps est simpliste
On le trouve moins idiot
Que celui qui consiste
A jouer du YO-YO

Le Célibataire endurcis

Ah ! Si j’en prends
Une femme qui soit riche,
Je serai-z-en danger
D’être toujours grondé
Si j’vais au cabaret,
Me traitera d’ivrogne :
Tu manges tout mon bien,
Les enfants n’auront rien

Ah ! Si je prends
Une femme qui soit pauvre,
Je serai-z-en danger
De toujours travailler.
Nous aurons des enfants
Qui me diront sans cesse :
– papa, nous avons faim,
Faut nous gager du pain

Ah, si j’en prends
Une femme qui soit belle,
Je serai-z-en danger
Des cornes à porter.
Nous aurons des amis
Qui la trouveront belle
Quand je n’y serai pas
Mes amis l’iront voir.

Ah ! Si j’en prends
Une femme qui soit laide
Je serai-z-en danger
De toujours la garder
Toujours devant mes yeux
Cette vilaine laide
Toujours devant mes pas
ça que mon cœur n’aime pas

Le départ des Compagnons

Partons, chers compagnons,
Chers compagnons honnêtes.
Il nous faut battre aux champs,
Le printemps vient de naître.
J'ai entendu l'alouette
Là-haut sur ces vallons ;
Ell' disait dans sa r'traite :
Partons, chers compagnons.

Avant que de partir,
Allons voir nos maîtresses
Ayant les larmes aux yeux
Là-haut dans leurs chambrettes,
Leur annoncer la nouvelle
Que demain nous partons.
« Adieu donc, charmantes belles,
Le pays nous quittons.

— Que dis-tu, cher amant?
Aurais-tu le courage
De me délaisser là
Ayant mon cœur en gage ?
Tu me faisais mille promesses
Que tu m'épouserais ;
A présent tu me délaisses !
J'en ai bien du regret.

— Ne pleure point, Fanchon,
Consoles-toi, ma mie,
Je suis un bon garçon,
Je te le certifie.
Tu en trouveras, fillette,
Des garçons comme moi.
Qui te conteront fleurette,
Fanchon, prends garde à toi! »

Les Gars de Mens

Lou garçon d'Men fan lou suffisen
Passou dessous l'hallo fon tinta l'argent
Las filhas sont fini vous connaisson prou
Disons qu'éi d'ardoise qu'an din leur pouchou

Les Garçons de Mens font les suffisants,
Ils passent sous la halle en faisant sonner l'argent.
Les filles sont fines, les connaissent assez,
Elles disent que ce sont des ardoises qu'ils ont dans leurs poches...

Les San Zhano

Bravo Magno, je vodrin bin vo dire
Quoque coplè que vo no sepra pas
Si mon crayon ne pou vo l'ecrire
Mon gosier pora ve lo chanta,
De voe d'abor commenchi ma complainta
In vo parlan du Miron de la To
Car nin vitya que ne porton pa plainta
Quan ul an tui bien arosa lui fo

Braves Magnauds, je voudrais bien vous dire
Quelque couplet que vous ne sauriez pas.
Si mon crayon ne peut vous les écrire,
Ma gorge pourra vous les chanter.
Je veux d'abord commencer ma complainte,
En vous parlant des chats de la Tour du Pin
Car en voilà qui ne portent pas plainte
Quand ils ont tous bien arrosé leur four

 Refrain
Lo San Zhano son de magno tarible
Qu'an doble ner et que fan tout trimbla
Mais s'é son for, n'en son pas moins rizible
Ul amon tui bien bère et s'amusa et s'amusa

Les San zhano sont des Magnauds terribles
Qui ont les nerfs en double et font tout trembler...
Mais s'ils sont forts, ils n'en sont pas moins gais,
Ils aiment tous bien boire et s'amuser, et s'amuser

Pré de la To, San Didié la cassoula
Ya de magno que fau pas plaisanta
E n'y ary su tabla que na fioula
D'on queu de poing, nin foutrin vingt pra ba
Ne pussa pa la nya de cela sorta
Lou queu de poing no coton pa grand lya
Et vo poré vito prindre la pourta
Si, pe malheu, vo lo-zh-ayé piata

Près de la Tour, Saint Didier la casserole,
Il y a des magnauds qu'il ne faut pas plaisanter...
Et il n'y aurait sur la table qu'une bouteille
D'un coup de poing ils en mettraient vingt par terre.
Ne poussez pas à bout des gens de cette sorte,
Les coups de poing ne coûtent pas grand liard
Et vous pourriez vite prendre la porte
Si par malheur, vous leur avez marché sur les pieds

Lo Dauphiné a bien de bella rote,
L'hiver, l'été, on pou la fréquenta ;
Si din ta vya, te voyazhe sur tote,
A Nivoula passa sin t'areta
Mais si te vou te far couechi la vesta,
Si t'amo myu te far dessampili
Si t'a, on zhor, la véprenna de resta,
Va la passa ve lou cayon de Ruy

Le Dauphiné a de bien belles routes,
L'hiver, l'été, on peut les fréquenter.
Si dans ta vie, tu voyages sur toutes
A Nivolas, passe sans t'arrêter.
Mais si tu veux te faire déchirer la veste,
Si tu aimes mieux te faire déshabiller,
Si tu as un jour, un après-midi de libre,
Va la passer avec les cochons de Ruy

E faut laichi de Zhallyo la reneuille
E faut laichi ato lou brigougnar
S'é mo fallyè commenchi lu recueille
De vo-z assur, e vo tindri tro tar.
Vau-t-é pas myu parla de celo fille
Que ne fan pa lo bonheur du papa
Mais qu'amon myu, per deri la charpine
Vo z'embrachye, magno de Montcarra

Il faut laisser de Jallieu, la grenouille,
Il faut laisser aussi les Bergusiens.
S'il me fallait commencer le recueil,
Je vous assure qu'il vous tiendrait trop tard.
Ne vaut-il pas mieux parler de ces filles
Qui ne font pas le bonheur de papa,
Mais qui aiment mieux, par derrière la charmille,
Vous embrasser, Magnauds de Montcarra

Nyon n'a jamais mizha z'alagne
Car no z-en eu d'on famu galya
Qu'en fé trimbla é plane z é mon-tagne
Et vo z'aro, passureau dé muraille
De Corbelin, Dolomieu, La Chapella,
Fille et garçon n'on pa tro fré u ju.
Mais lou pi fin de cela ribambelle
Son, d'en souè cheur, lou z'âne de Céchieu

Personne n'a jamais mangé nos noisettes,
Car nous avons eu plus d'un fameux gaillard,
Qui ont fait trembler et plaines et montagnes,
Et vous aussi, moineaux de murailles.
De Corbelin, Dolomieu, La Chapelle,
Filles et garçons n'ont pas trop froid aux yeux.
Mais les plus fins de cette ribambelle,
Sont, j'en suis sûr, les ânes de Cessieu.

La triste vie du soldat

Pour aller servir le Roi,
Faut avoir le corps bien droit ;
Il faut savoir le mouvement des armes.
Crainte que les majors nous donnent de la canne.

Quand s'en vient le point du jour,
J'entends battr' ce maudit tambour :
C'est pour aller à ce noble exercice ;
Et nous, pauvres soldats, c'est nos plus grands supplices,

Quand nous sommes sur les rangs,
L'on voit v'nir tous ces sergents.
L'un me dit : R'cule ! L'autre me dit : Avance !
Et nous, pauvres soldats, faut avoir patience.

Patience nous avons,
Quand en guerre nous serons ;
Nous irons bien quelque-fois en bataille :
Ce sera mon fusil qui paiera les coups de canne.

La premièr' fois qu' j'ai tiré,
Mon capitain' j'ai tué.
Mon capitaine est mort, et le lieutenant sans doute,
Sergents et caporaux l'armée est en déroute.

Quand s'en vient le jour du prêt,
Tous les sergents vont au cabaret ;
Au cabaret l'argent ne dure guère,
Et nous, pauvres soldats, faut vivre à l'ordinaire.

Et pour faire un bon repas
Faut pas fair' comme les soldats,
Manger des choux, des z'haricots, des fêves,
La pipe z'allumée, boire z'à la fontaine.

Qui l'ont fait cette chanson ?
N'en sont trois jolis garçons.
L'un pensait à l'amour, et l'autre z'à la guerre,
Et l'autre au brandevin, qu'on verse dans le verre.

Le Déserteur

Je me suis engagé
Pour l'amour d'une brune.
L'engag'ment que j'ai fait
A été déguisé :
J'ai pris l'argent du Roi,
Et puis j'ai déserté.

A mon chemin faisant,
J'rencontr'mon capitaine.
Mon capitain' me dit :
« Où vas-tu, Sans-Souci ?
Là-haut sur ces vallons
Rejoins ton bataillon. »

Là-haut sur ces vallons,
Pas d'eau claire aux fontaines.
J'ai pris mon sabre en bas,
Mon fusil sur mon bras,
Je me suis défendu
Comme un vaillant soldat.

Le premier coup tiré,
Je tue mon capitaine.
Mon capitaine est mort,
Et moi je vis encore :
Peut-être dans trois jours
Ce sera-z-à mon tour.

L'on m'a pris, l'on m'a m'né
Dessus la place d'armes ;
L'on m'a bandé les yeux
Avec un mouchoir bleu
Pour me faire mourir
Sans me faire souffrir.

Que l'on prenne mon cœur
Dedans une serviette ;
Et puis vous l'enverrez
A ma chère maîtresse :
Qu'ell' me fasse l'honneur
D'ensevelir mon cœur.

Tous les regrets que j'ai,
C'est de ma tendre mère,
Qui a tant passé de nuits
Pour me faire dormir :
Ell' n'a pas de plaisir,
Son fils va mourir.

Le Pauvre Laboureur

Le pauvre laboureur,

Grand Dieu, qu'il a de peine !

Qu'il pleuv', qu'il vent', qu'il neige,

Fasse les quatre temps,

Vous le voyez sans cesse

Le laboureur aux champs

 

Le pauvre laboureur,

…………………………………………

Mangeant que du pain d'orge

Pour vendre son froment.

Grand dieu ! Qu'il est à plaindre

Le pauvre laboureur !

 

Le pauvre laboureur

Est habillé de serge.

Il en porte des guêtres

Des genoux jusqu'aux pieds,

Pour empêcher la terre

D'entrer dans ses souliers

 

Du ciel j'entends une voix

Qui descend sur la terre

Pour calmer la douleur

Du pauvre laboureur,

Pour calmer la douleur

Du pauvre laboureur

Jaquety de La Sandrine

Chansons des garçons, chansons de magnauds, de (mauvais) soldats, de travailleurs. Qu’ils soient des villes, ou des champs, citadins ou ruraux, tous les magnauds se ressemblent. Chahuteurs, gariou, effrontés, gran parlou, batailleurs, m'as-tu vu, péliandru de père en fils...Veyqui les magnaud... Les San Zhano est un classique adaptable pour tout canton, les Gars du cours Berriat une dauphinoiserie bien-pensante, on n'est plus de son village mais de son usine, on boit, on court les filles... On ne fait pas grève... Elle était pourtant bien rouge la Commune qu'attendait les gars et les filles du Cours Berriat... Le Pauvre laboureur est de la même veine, se résigner, Dieu l'a voulu... Mais par-delà le folklore il n'avait pas la vie simple nos magnauds, il y avait le tirage au sort, sept ans d'armée pour les malchanceux et les plus pauvres, la nécessité de partir au loin l'hiver et même l'été à cause de la terre qui ne donnait pas grand-chose - le départ des Compagnons -et les filles... La Sandrine / Jaquety.

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