La Coupi de la Lettra

La coupi de la Lettra … Le dernier ouvrage de Blanc la Goutte

  La coupi de la lettra, copie de la lettre  envoyée à un ami par blanc dit la Goutte au sujet de l’inondation survenue à Grenoble le 20 décembre 1770, le jour de la Saint Thomas
Le texte se présente comme un dialogue entre un batelier blessé que des soldats ont ramené avec eux dans leur casernement de la Tour Rabot où l’auteur avait été enfermé pour avoir laissé entendre dans son Dialogo de le quatro comare que les médecins et apothicaires étaient toujours prêts, pour peu qu’on se montre généreux, à fabriquer des veufs ou des veuves. La description de Grenoble inondée n’est guère originale – à part l’épisode du marinier luttant contre les flots – c’est une reprise du Grenoblo Malhérou – Blanc n’ayant bien évidemment rien vu et son informateur, blessé et choqué, n’ayant pas dû voir grand-chose. La plus grande partie du poème 70 vers sur 160, n’est qu’une longue suite d’éloges et de flatteries adressées aux autorités religieuses, militaires et civiles, un long chapelet de flagorneries … Il s’agit pour lui d’attirer l’attention sur son sort, de solliciter les grands personnages de la ville pour qu’ils l’aident à obtenir sa remise en liberté. Il n’en oublie aucun ni Mgr de Caulet, un Saint, ni le marquis de Marcieu ni Monsieur de Piolenc Premier Président du Parlement, ni de Barral Second Président « qui fait couler de ses poches une mine d’argent pour toutes les paroisses cinq cents beaux écus… » Sans oublier de Rochechinard, conseiller, qui risque sa vie quand son radeau se renverse … Une captatio benevolentiae que l’on peut comprendre, mais nettement moins dignes que celles de Villon ou Marot …

 

Coupi de la lettra
Ecrita per Blanc dit la Goutta à un de sos Amis u sujet de l’inondation arriva à Garnoblo la veille de Saint Thomas 20 Decembro 1740

Grenoble n’est pas malheureux (1-20)

Je profito, Monsieur, de cetta occasion
Per dire qu’auquaren de l’inondation
Qu’at, dit-on, fat merier dedin vôtron Garnoblo,
Lo Prêtre, l’Artizan, lo Bourgeois et lo Noblo
Que je n’apello plus Garnoblo Malherou
Puisqu’ul est devenu per lo pouro un Perou,
Quyil at migeât de chair son saoû cettes fête,
Et qu’yl at oubliat le pertes qu’yl at faites.
Ne faut plaindre eujourd’heu que las marchand grossiers,
Los marris tesserants avey los epiciers.
Los pouros, est ben vray, perdont tous lor manleva.
Mais qu’êt o que lor bien, un tupin, una ecuella,
De pailli una fourcha per couchier sans lincieu ;
La plus granda partià n’at pa né de crusieu,
Tout lor habit consiste en qu’auque serpeléri,
Que pendolet souvent jusques à la jartéri ;
On vat los habiller de sarges, de sardis.
Il saront plus contens que Saints de Paradis !
Mais comma tout ceu bien ne vint qu’après l’aygageo,

Le conducteur de bœufs  (21-62)

Me faut donc commencier à parla du damageo ;
Le conducteur de bœuf, portrait et récit
Je ne marquaray pas ni lo temps, ni los jours,
Parce qu’icy lo temps recommence toujours.
Que qu’en set, est venu sçay qu’un Drolo en galoches,
Vêtu d’un grand gilet que n’ayet point de poches,
Que croisavet devant à dous rangs de boutons,
Ses Brayes descendiont jusqu’à sus sos talons.
 Je devinis d’abort à ceu bravo equipageo,
Qu’èret un marinier de notron veysinageo.
Il informe en intrant Monsieur notron Griffier
De son nom et surnom, de son ageo et mêtier,
Ensuita dous Soudars lo menont à la porta
De l’endret où l’on tint le gens de cella sorta.
Comma je voulins vey celeu nouvet venu,
Je fis signo us Soudars de qui j’êtins connu ;
Ceu Drolo en m’aprochant me fit la reveranci,
Se creyant que j’êtins un home d’importanci ;
Sans façons, l’y dissi-jeo, et point de compliment,
Tout est semblablo icy du mêmo regiment,
T’es tout ce que je seu, nous ne son que des ombres,
Que dêvont habità cettes demores sombres,
Devant que sieze pou te sarès bien instruit.
De ce que faudra fare eu ton petit reduit,
Ainsi laissons celey ; je veyo à ton corsageo,
Que t’es qu’auqu’ habitant d’uprès de Sassenageo :
Vous avez tiria justo, oué, Monsieur, est bien vray
Que je seu batteley natif de Noyaray ;
Je piccavo los bous de Patron la Riveri,
Nous étions remontà quasi lo dret de Geri,
Mos dos Bous perdant terra et fasant un fau pas,
 De dessus de lor joug me traissiront à bas.
Et per malheur per mi l’Izera qu’eret forta,
M’entraînit en Tràcloutra, u dessout de la Porta
 J’y demoris crocha, j’eus biau cria marci !
Necun ne repondit, chacun songeant à si
Me restavet incou qu’auque foibla esperancî
De m’en pouvey tirié avec un pou d’aizancî,
Mais per malheur per mi lo pont levis chessit,
Et me poussant à fond ma têtà fracassit ;
Veyés la cacarochi, elle est incoura néri ;
 Me fallut donc songier à partir per la gloëri,
Et je me seus trouva, quasi dins un moment,
Entoura de soudars dins çeteu logiment : 

La traversée de la ville inondée (63-77)

 J’entendis en passant u Quais, à la Pedréri,
U Fauxbourg de Tràcloutra et dins nôtra Charréri,
« U secours, u secours, Helas !
Tout est perdu,L’ayga a dejà gagna lo coin de Maupertu !
L’on ne pot plus passa vers l’égleysi du Carmes !
De tous flans on ouiet de nouvelles allarmes.
Chacun fuyet per tout sens, se determinâ
A sortir de chieus ti ço qui pouvîet sauvà.
Et necun ne sçaviet donna ni tour, ni voûta,
Per trouvar un endret â se bettre à la souta.
La plus granda partià du pouros boutiquiers
Se sariont tous neyas si, dedins lors quartiers,
Celos qu’êront logeas dins los plus hauts étageos,
Ne los eussions reçeus avecques lors bagageos.
Mais ne suffisiet pas : tau que pot albergier
A son hôto ne pot donna de que migier


Les généreux bienfaiteurs (79-148)

Los pauros ont toûjours des effans en grand nombro;
Gommant donc se tirier de ceu nouvel encombro?
J’entendis d’autro flanc : « Consolas-vos, Meynà !
Ne vos manquarat ren, Dieu vous a destinà
De gens qu’auront lo soin de vous fournir d’avivres. »
Lo fio, l’ayga , la ney, la glaci n’y los givres
N’ont jamay bettà boëna à lor grand charità,
Ils provoyont de tout que que poësse coûta,
Ils dèvônt u plutô vous bettà tous à l’aysô,
Et per vous rassurà, faut que je los nomayso;
Monseigneur De Caulet (c), Monseigneur De Marcieu,
Ils ont la voix du peuplo, ils ont la voix de Dieu ;
On pot los appellà d’homes incomparablos,
En voyant ce qu’y font per tous los miserablos :
Nôtro Evêque est toujours leva de grand matin,
Ço qui mige est pou d’oùra, et ne bêt point de vin ;
A quinta heura que siet il vous dône audianci,
Il écôte chacun avey grand patienci.
Que l’on sieze Monsieur ou ben pauro, est tout un,
Il se montre per tout qu’ul est pâre commun;
Ul est plus retenu qu’un Capucin novicio,
At toutes le vertus, et n’eut jamay de vicio;
Il ne prenit jamais de divertissement;
Lo soin de son troupet fat tout son pessament.
Il n’a pas son parey dedin touta la Franci !
Mais je veyo de loin Marcieu que prend l’avanci ;
Veyés – vous comma il vogue avey sos dos batteux ,
Il sont chargeas de pan, d’ayga, de chair, des œufs,
Il a déjà couru per très feys les charréres ,
Ses armônes jamay ne furont les darréres;
L’on n’en est pas surprey, cel home est coutumier
A la guerra et per tout d’être toujours promier.
Monseigneur De Barrai, (e) fat coulà de se pôches
Una mina d’argent per toutes les Perroches ;
Il commencit d’abort per cinq cens biaux ecus;
Touta sa familli s’est bettà presque à flus ;
De la Garda, sur tout que des aygues si grandes
Ne pùront amortà l’ardeur de sez offrandes.
On lo veyet gaffà dedins plusieurs quartiers,
Per allar visitar los gueux din los graniers.
Monsieur de Montcarrà, Monsieur Rochechinard,
A tout ce qu’eyt de bien souvent sont per un quart;
Per portà lor armôna en raset s’embarquiront,
D’où devant que finir lor coursa ils cupeliront,
Ne s’en fallit de ren qu’ils ne fussiont neyas,
Car de la teta us pieds ils furent bien bagnas.
Monseigneur De Caulet revint dessus la scêna,
Per tous los malheroux veissia nouvella aubêna,
Il sçat assaisonna sos dons de compliment.
Semble qu’on ly fat graci acceptant son argent.
Monseigneur De Piolenc voulut vey per leu mêmo
Ce que s’eret passa din ceu grand stratagémo
La veilli du delieugeo il aviet eu lo soin
De fare arré de tout ce que fassiet besoin;
Monsieur de Jomarron et touta l’Intendanci
e pourtiront à tout avey grand diligenci;
Los Coussios vigilans firont tant cella not,
Qu’ont eut lo landeman per dix jours de pan cot.
Et per proportion on aurat eu de soures
De los provisions en toutes sortes d’oures.
Ne faut pas essiblà Monsieur nôtron Major,
Dins tous los accidens du mondo il vaut tout l’or.
Et tous per évitar qu’auque nouvella perta,
Nôtros angenieurs êtions toûjours àlerta,
Messieurs du Bataillon et de l’Artillari
Se bettavont per tout din la patrouillari.
On ne pot trop ventar toutes le Gen de guerra,
Ils allavont dins l’ayga ainsi que sur la terra,
Et sens lo promp secours de touta la troupa,
On aurit barbota treys meys dins la louppa. »

Après le départ du batelier (149-160)

Nous fallit separà; los Soudards que menavont
Lo joëno Batteley trop s’impatientavont.
Enfin per coupà court, ceu Garçon m’at aprey,
Que vous avias moins d’aiga en sept cent trente-trey.
Et que de grosses gens, mais surtout lors femelles,
Devant que fusset jour sortiront de chieus elles.
Vous jugiés bien, Monsieur qu’u ne m’a pas tout dit.
Si donques j’ai fat fauta en ceu petit recit,
Ou saut qu’auqua-ren, faut qu’on m’u pardonneyse,
Mon dessein n’étant pas d’offença qui que siese.
Adieu sias ! Faites dire una bonna oraison
Per Blanc dit la Goutta, de placi Clarayson.


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