Merveilles du Dauphiné

Les merveilles du Dauphiné / Mirabilia du Royaume d’Arles

 

  Les merveilles du Dauphiné. Nombreuses et variées, mais officiellement au nombre de sept, caractéristique de la Dauphinoiserie bien-pensante, chauvine et boutiquière (bimbeloterie, livres, cartes postales…) Les Mirabilia de Gervais de Tilbury , un ouvrage écrit pour divertir l’Empereur Oton, le vaincu de Bouvines, sont d’une toute autre facture, ni monuments, ni sites grandioses mais des phénomènes inexplicables. Des merveilles au sens propre. Et  segur ! Des itinéraires de promenades pour la marchaira et le marchaire

 

Merveilles du Dauphiné : La Tour de LivronXX De turre quae non admit vigiles

In regno arelatensi, episcopatu Valentino, castro Livorris, est turris episcopi Valentini plurimum excelsa, quae nocturnum custodem non admittit. Si quis autem custos ad vigiliam noctis in illa fuerit constitutus, in mane se sentiet ad vallem subjacentem delatum sine timore praecipitii, aut quolibet terrore deponentis, in valle se casu positum inveniet, et nullius sentiet aut collisionem

La tour qui rejette les veilleurs

Au Royaume d’Arles, dans l’évêché de Valence, dans la ville de Livron, il y a une tour très haute, celle de l’évêque Valentin, qui rejette les veilleurs de nuits. Si on a mis un veilleur pour la nuit sur cette tour, le matin il se sentira emporté dans la vallée située au pied. Il se retrouvera déposé sans mal dans la vallée sans avoir redouté de tomber ni avoir eu peur de quelque enlèvement et il ne ressentira aucun contact, ni choc. GWL 966 F.L. 18-19

XXXIV De vento, quem in chirotheca conclusit sanctus

Quia vero ventorum ac montium fecimus mentiones, asserentes, montes plurimos omnibus ventis esse altiores, illud quoque annectimus, valles esse sic montium contiguitate conclusas, quod ad illas nunquam aura pervenit. Ecce in regno arelatensi, episcopatu Vasconensi castrum Divionis multis colonis inhabitatum. Hoc in valle, circumquaque montibus circumsepta, positum est, in quod, eo quod ventus nec levissimus subintraverat usque ad tempora Caroli M(agni), sterilis, semper vallis extiterat, omnique humano commodo prorsus inutilis. Verum infoeculis praeclarus, Caesarius, mare civitati suae subjacens adiit, et chirothecam suam vento marino repletam strinxit. Accedens itaque ad vallem, inutilem tunc habitam, perpetuum jussit emittere. Sicque factum est, quod statim rupes, facto foramine, per scissuram exhaustum ventum semper erctuat, quem pontianum vulgus nominat, quasi a ponto illuc virtute divina translatum. Hic, inquam, impetuosus terminos cujusdam subterfluentis aquae non transgreditur, omnia foecundat, omnia salubrat, et dum praetereuntes a fronte salutat, eos altiore flatus algore flagellat : quos vallis confinium egressos quasi prohibitus, ne datas sibi metas excedat, non approximat.

Comme nous avons parlé de vents et de montagnes en affirmant que la plupart des montagnes sont plus hautes que tous les vents ajoutons ce complément qu’il existe des vallées si bien fermées par de proches montagnes, qu’aucune brise ne leur parvient. Ainsi au Royame d’Arles, dans l’évêché de Vaison, dans la ville très populeuse de Nyons. Elle est située dans une vallée, entourée de montagnes de toutes parts, où aucun vent, même plus léger, n’étrait entré et jusqu’ à l’époque de Charlemagne cette vallée était restée stérile et complètement inapte à toute production utile à l’homme. Quand il découvrit son infécondité l’archevêque d’Arles Césaire, un très saint homme illustre par ses miracles, se rendit au bord de la mer qui bordait son diocèse, emplit son gant de vents marins et le maintint serré. Il vint dans la vallée jusqu’alors stérile et au nom du Christ lança son gant plein de vent contre un rocher et lui ordonna d’y faire entrer un vent perpétuel. Il advint qu’aussitôt la roche, dans laquelle un trou s’était formé, commença à souffler pour toujours par la fente un vent que le vulgaire appelle Marin, comme s’il avait été apporté là de la mer par un miracle divin. Ce vent impétueux ne dépasse pas le territoire d’une rivière qui coule dans le bas de la vallée, il y féconde tout, y rend tout salubre, salue de front ceux qui y passent en les frappant de la grande fraîcheur de son souffle ; tandis que, lorsqu’ils sont sortis des limites de la vallée, il ne les touche plus comme s’il lui était interdit de franchir les bornes qui lui ont été fixées.

De rupe, quae nominatur Aequa Villa

Solent adolescentiae sectatores non minus figmenta venari quam vera ; et cum vantas vanitatum sit et omnia vanitas : vani filii hominum, dum mentiuntur, in stateris inter matura praecoquum aliquid decerpunt, et non minus fabulius delectantur quam rebus gestis. Ecce in regno Arelatens et episcopatu gratianopolitano juxta Diensis dioecesis confinium est rupes altissimi in territorio, quod incolae Treves nominant, quam altera e vicino rupes respicit, cui nomen aequa vila, eo, quod sit aequalis illi, sed inaccessibilis in sua altitudine. Ex opposita ergo rupe conspicientibus apparet illic fons perspicuus, qui scopulosa scala delabitur : et in summo rupis apice ad modum prati, herba viret, in quo nonnunquam panni super extensi candidissimi visuntur ad exsiccandum expositi, sicut lotrices in usu habent. Istud unde prodeat aut quid signet, aut quo ministrante compareta, quaerere facile fuit, sed invenire diffucillium.

Le Mont Inaccessible

Les sectateurs de l’adolescence chassent autant de fiction que de vérités et comme tout est vanité, les vains fils des hommes, dans les balances truquées, recueillent des choses immatures parmi les choses à point et parfois ne se délectent pas moins des fables que des histoires vraies. Par exemple dans le Royaume d’Arles, dans l’évêché de Grenoble aux confins du diocèse de Die, il y a une roche très haute dans le territoire que les habitants appellent Trièves. Une autre roche, voisine, lui fait fasse, on l’appelle « égale à elle » car elle est de la même hauteur que l’autre bien que le sommet soit inaccessible. Ceux qui regardent de la roche opposée y voient une source transparente qui descend en cascade une échelle de rochers et au sommet de la roche de l’herbe verdoie comme celle d’un pré. Parfois on y voit étendus des linges éclatant de blancheur exposés pour sécher, selon l’usage des lavandières. L’origine de ce prodige, sa signification, ses auteurs, il fut aisé de les chercher, mais très difficile de les trouver.

De dominica castri Espervel

Frequen est, ut angeli satanae in angelos lucis se transforment, et in humanis mentibus aliquid diabolicae immissionis nutriant. Ad istorum agnitionem quoddam admiratione dignissimum subtextui, quod a viris probatissimae ac sincerae religionis accepi. Erat in regni Arelatensis finibus, epicopatu Valentino, castrum Espervel nomine. Hujus castri domina in assiduam consuetudinem duxerat, inter missarum solennia post enangelium, ecclesiam egredi. Non enim poterat consecrationa dominici corporis sustinere. Cum post multos annos id compertum vire jus, dominus castri, habuisset, nec tantae praesumtionis causan sedulus investigator invenisset, in uno aliquo die solemni finito evangelio, egrediens domina, per virum et clientulos ejus invita ac retinens destinetur, staimque sacerdote verba consecratoria proferente, domina spiritu diabolico levata avolat, partemque capelae secum in praecipitium ducens, nullatenus in partibus illis visa est. Sed et pars turris, cui capella innitebatur, adhuc superstes rerum fert testimonium (…) Ecce, quod peccato pessimae illius mulierculae, de qua diximus, capella corruit, ipsaque inter manus tenentium eam evanuit, sed et ipsum castrum saniore diruptum consilio sedem mutavit et nomen ; Translatti enim sunt incolae ad castrum, quod Carpet nuncupatur.

La Dame d’Espervel

Il est fréquent que les anges de Satan se transforment en ange de lumière et permettent au diable de s’immiscer dans les esprits des hommes. Pour les reconnaitre j’ai ajouté cette histoire extraordinaire que je tiens de personne d’une religion éprouvée et sincère. Il y avait dans le Royaume d’Arles, dans l’évêché de Valence, un château appelé Espervel. La dame de ce château avait pris l’habitude de toujours quitter l’église pendant la messe après l’Evangile. Elle ne pouvait en effet supporter la consécration du corps du sauveur. Au bout de nombreuses années, son mari, le seigneur du château s’en aperçut, et malgré une enquête soigné ne put trouver la cause de cette précipitation. Un jour de fête solennelle comme la dame, à la fin de l’Evangile, sortait, le mari et les gens qui lui étaient dévoués la retinrent par force et malgré elle. Dès que le prêtre prononça les paroles de la consécration, la dame enlevée par un esprit diabolique s’envola, emportant avec elle une partie de la chapelle qu’elle détruisit et on ne la revit jamais plus en ces lieux. Mais la partie de la tour adjacente à la chapelle est encore debout et témoigne de l’événement… A cause du péché de cette horrible femme, la chapelle fut ruinée et elle-même échappa aux mains de ceux qui la tenaient. Ses habitants furent transportés dans le château appelé Carpei (Charpey) GWL 978-979,

XXII De rupe, quae uno digito movetur, et non toto corpore.

In regno Arelatensi, provincia Ebredunensi, castro, quod Noth dicunt, est rupes magna quam si minimo digito impulseris, totam ad facilem motum duxisti. Si vero totum corpus aut infinita plaustra boum admoveris, immobilis perseverat

Le rocher que l’on ne peut faire bouger que d’un doigt

Au Royaume d’Arles, dans la province d’Embrun, dans la ville qu’on appelle Noth il y a un grand rocher que l’on fait aisément bouger tout entier si on le pousse avec le petit doigt. Mais si on cherche à l’ébranler avec tout le corps ou avec autant d’attelages de bœufs que l’on veut, il reste immobile GWL 966

XXXIX De puteo, de Cerseules.

In regneo nostro Arelatensi, diocesi Valpicensi, est castrum Cerseules, in cujus castri territorio lacus altae profunditatis excrevit. Sane in lacus medio crusta praetum fecit, quae per anni circulum ad hominum attacu libera, tempore herbae tontendae, applicitis restibus, ad terram trahitur lacui imminentem, et sic defalcata sectiones recepit. Inter plurimos cohaeredes facta itaque congrua divisione, salutis funibus crusta redit in id ipsum, quo fuerat, meditullium locum occupatura

Les puits de Cerseules

Dans notre royaume d’Arles, dans le diocèse de Gap, se trouve l’agglomération de cerseules sur le territoire de laquelle s’étend un lac très profond. Tout au milieu une croute (de terre), indemne tout au long de l’année de toute atteinte humaine, au moment de la fenaison est tiré sur le bord du lac avec des cordes et elle est fauchée et mise en coupes. Quand une juste répartition a été faite entre les nombreux cohéritiers, on enlève les cordes et la croute retourne s’installer au milieu même du lac où elle se trouvait.

CXXII. De valle de Lentuscula.

Est in regno Arlatensi et provincia Ebredunensi locus, in quo per Alpium summa cacumina facili cursu in aestate, et brevi sed plurinum periculoso transitu descenditur in Italiam. Nomen vallis de Lentuscla incolae indiderunt, in cujus apice si quis tussierit aut clamaverit, statim ex altis rupibus nix coagulata descendit, et exaggerationem ad se trahens infinito cumulo transeuntes obruit, et ad infinam abyssum dejectos prosternit.

La vallée de Lentuscle (III, 122)

Il y a dans le royaume d’Arles, dans la province d’Embrun, un lieu où par les sommets des Alpes on descend en Italie par un chemin facile en été, selon un parcours bref, mais très périlleux. Cette vallée porte le nom de Lentuscle. Si à son sommet quelqu’un tousse u crie, aussitôt la neige accumulée descend des hauteurs rocheuses et trainant un tas de neige avec elle ensevelit les passants sous un énorme amas et les jette au fond de l’abîme

CXXVI De aqua, de qua sanantur gutturnosi

Est in provincio Ebredunensi, quae pars est regni Arelatensis, castrum de Barles, in cujus territorio fons scaturit, ex cujus aquae portu et lavacro curantur gutturnosi. Sunt et in regno Arelatensi plurimi fontes, qui aestate fervente scaturium, hyeme vero siccantur

L’eau qui guérit les goitreux. (III, 26)

Dans la province d’Embrun qui fait partie du Royaume d’Arles, il y a le château de Barles sur le territoire duquel jaillit une source dont l’eau, s’ils en boivent ou s’ils s’y lavent, guérit les goitreux. Il y a aussi dans le royaume d’Arles de très nombreuses sources qui jaillissent dans la chaleur de l’été, mais sont sèches l’hiver.GWL p 1004

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