Le Monologue de Janin

Monologue de Janin / Jean Millet

 

  Le Monologue de Janin, extrait de Pastorale et tragi-comédie de Janin  (La pastorale de la Laudha) représentée à Grenoble en 1633. Janin est au désespoir, il aime la Laudha, ma la Laudha ne l’ama pas et se logié avec un autre… Tout le pays est en fête, tout le monde est à la noce, sauf lui. Les mariés vont se mettre au lit, la bonne humeur est à son comble… Janin laisse éclater sa rage, il en veut à terre entière, c’est-à-dire au canton entier…
Un témoignage irremplaçable sur la vie des villages, les rivalités de clocher… Tout ce qui faisait le sel de la vie.  Un chagrin d’amour d’anthologie, une plantation de saule grandiose, un morceau de bravoure pour fin de banquet de patoisants à placer juste avant d’entonner en cœur le Coucou et la Marion, avant que la mémoire ne se perde entre gnôle et genépi…

 


Seu-je pas malhérou su tou lou malhérou
De vei qu’à mou dési tot eit si contrairo,
Que je seyo pu intra din la chapella
Quand nostron chapellan, qu’a l’ama tortipella
Eytachave san corde un mariage subit ?  
Que le gen ayon mei de vervella en l’habit :
De l’eipousa, de pou du nom de l’arguilleta
Qu’on fasse, à mou dépen, de la flour la cueilleta
Poè-je, sans mori, tant de maux avala,
Veire qu’un strangié m’aye deicavala;
Qu’u l’aye lo pleisi, et mi ren que l’ombrageo
La tristessa, lasset ! me jale lo corageo.
Hélas !  veici lo tem que de mille baisiè
La Lhauda fat tomba la rouse du rosiè,  
Veici l’ora que tin din sa nassi la lota ,
Et que mon ennemi lui deibreya sa cota.
Qu’eit-o que j’ai perdu ? Mar jei fartaillira
Lou jardin et tot ce que je rencontrerai,  
Puisqu’n ceta contra, que je trovo si laida,  
Tot ma viria lo cu quand j’ai eu besoin d’aida :
Pelaliard du Touvet, rognou de Goncelin 
Tacolié de Charnécle, épinglié de Tullin
Eycharpi de Tencin, margou de Saint-Hilairo   
Chambaru de Lancey, gobio de Saint-Nazairo 
Truan de la Terrassi, oyro de Montbonnon 
Trolhandié de Domène, enrena de Venon 
Aragnou de Lumbin, têtu de la Buisseiri
Tigou de Saint-Martin, aigue de Geiri   
Renoillard de Moirans, pêchou de Noyarey 
Gloriou de Saint-Quentin, renoypu de Veure 
Ventaret de Seyssin, moquou de Sassenageo, 
Cocâre de Revel, opiniâtro d’Urigeo, 
Berlaude de Voreppe, orgueillou de Bernin 
Sansüe de Bivier, Morgan de Fontanin 
Chassou de Saint Imier, boutacié de ver Crolles 
Malvisa d’Eybens, fagotié d’Echirolle  
Fromagié de Chartrousse et du Villard-de-Lans 
 Canaille du sapey, chicanou de Meylan   
Machura du canton près de l’aigua de Venci 
Que trotta mieu chargea qu’un âno de Provenci   
Golu de Claix, poussi de Varce et de Risset, 
Goîtrou de Vaunavey, mâtin de Pariset,   
Arabo du paï que borde la Romanchi,  
Que tenez la conscience et l’arma din la manchi   
Gippié du lieu de Champ, rachet de Monteynar  
Picarnou de Saint Georges, eymurti de Sinar
Gros miron de la Mura et de la Mateysin  
Que chassieu tou lou rat din la terra veisina ;
Gros doguo de Barraux, haï du Bigarra,  
Bracamau d’Allevard, pourou de Pontcharra 
Galabontem de Vif, goutou de Saint Aigrevo   
Griffon de montagnard, que vivez de renevo,   
Crétin de Tavernolle et de tot l’environ,  
Vignéron de Vourey, coqautié de Vouiron
Croquan de Champagnié, qui n’ont ni pan ni pâta 
Ladre de Saint-Robert et de la Buisserata   
Braconnié de Jarria, poutagié du Versou 
Eicrussi du Bachet, qui ne sont jamais sou ;
Saquetta de la Tronche et de tot ceu vignoblo,
Berlaudié de la Grange, inconstant de Grenoblo
Galhofe du paï que je n’ai pas nomma,
Vous êtes de vauren qu’on devro assomma 
Ne m’avei pas aidas à fare de saccageo,  
Vo ne meritas pas d’Intra din lou bocageo”


TOT L’AFFARE

“L’indiscrétion de Janin le brouille avec Lhauda, sa bergère. Amidor est très à propos conduit auprès d’elle par le hasard et il en devient amoureux. Lhauda répond à son empressement et lui engage sa foi. De là, grande discussion entre la mère de Lhauda, qui est flattée des assiduités d’Amidor, et le père Piéro qui préfère Janin. De là aussi grande jalousie de Janin, qui ne néglige rien pour traverser les amours d’Amidor et de Lhauda, et qui, après avoir employé les menaces et fait usage contre eux de sa longue fronde, va implorer la puissance d’une sorcière du voisinage ; il en emprunte un flageolet qui fait danser tous ceux qui l’entendent, et il obtient d’elle les moyens de nouer l’aiguillette des deux amants lorsque le prêtre leur donnera la bénédiction nuptiale. Mais le déguisement d’Amidor, l’entêtement de la mère Thievena, la persévérance de Laudha, les clameurs des commères du voisinage et la prompte célébration des noces décident le consentement de Piéro, préviennent les effets du sortilège, font le bonheur des deux amants qui sont unis, et le malheur de Janin qui se précipite du haut d’un rocher.”

Champollion Figeac Nouvelles recherches sur les patois ou idiomes vulgaires de la France et en particulier sur ceux du département de l’Isère


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