Vienne la Romaine

Vienne la Romaine

Bibliothèque de Sosthène -le -Vieux
Lettre d'Avit au Roi Clovis
Vienne, la Romaine
En Construction
La Pyramide
Le Palais des miroirs
C’est un élément de titrage
Les aqueducs
L'Odéon et le Théâtre


Palais des rois de Bourgogne / La Pyramide / La Maison de ville / Le palais des miroirs / les Aqueducs de Gotheline et de bois royal
Companh, guide, guida, menaire : Nicolas Chorier
"Les recherches du Sieur Chorier sur les Antiquités de la ville de Vienne, Métropole des Allobroges, Capitale de l’Empire Romain dans les Gaules, des deux Royaumes de Bourgogne et Présentement du Dauphiné"
A Lyon, chez Claude Baudrand. Sous les halles. 1658

VIENNE LA ROMAINE / EN (RE)CONSTRUCTION

Itinéraires viennois pour les marchaira et marchaire en Imaginaire dauphinois.
Palais des rois de Bourgogne / La Pyramide / La Maison de ville / Le palais des miroirs / les Aqueducs de Gotheline et de bois royal
Companh, guide, guida, menaire : Nicolas Chorier

"Les recherches du Sieur Chorier sur les Antiquités de la ville de Vienne, Métropole des Allobroges, Capitale de l’Empire Romain dans les Gaules, des deux Royaumes de Bourgogne et Présentement du Dauphiné"
A Lyon, chez Claude Baudrand. Sous les halles. 1658

EN CONSTRUCTION

 Livre I chapitrer 13 - Palais des rois de Bourgogne

Vienne - Palais des rois de Bourgogne. Palais des préteurs romains. Église de Notre-Dame-de-la-vie. Prétoire ancien. Palais de justice.

 Le palais des rois de Bourgogne n'était pas éloigné du monastère de St-André : la donation d'Aldegarde à Bornon le dit assez clairement. C'est aujourd'hui le lieu où la justice se rend aux peuples, et qui conserve encore le nom de palais ; comme il est spacieux, la Conciergerie où sont détenus tes prisonniers, y est aussi établie. Ces prisons sont si belles et si agréables, qu'elles sont capables de faire mentir le proverbe, qui dit qu'il n'y eut jamais de belles prisons . Les Romains ayant ajouté la province Viennoise à leurs conquêtes et à leur empire, établirent dans Vienne le séjour du préteur, qu'ils envoyaient dans les Gaules de temps en temps, pour en avoir le gouvernement. Ce palais fut premièrement bâti pour lui; et l'église de Notre-Dame-de-la-Vie, qui a le nom de prétoire dans les anciens documents, en est une marque : on ne doute point que la justice n'y ait prononcé autrefois ses oracles, et par conséquent il faut avouer que l'hôtel du prétoire n'en était pas éloigné. Ce bâtiment était digne de la majesté de ce grand empire; mais les barbares nations qui inondèrent les Gaules sous les derniers empereurs, l'ayant ruiné, il n'en resta que les principales murailles: l'excellence de leur maçonnerie les ayant alors défendues contre la violence des hommes, les soutient encore aujourd'hui contre celle du temps qu'elles semblent avoir lassé. Les premiers rois de Bourgogne remplirent d'une terre rapportée ce vide profond, que les chambres et les appartements brûlés y avaient laissé, et bâtirent leur palais dessus cette montagne qu'ils avaient ainsi faite: leurs successeurs conservèrent soigneusement ce grand ouvrage, qui commence à périr, à la honte de ceux qui étaient obligés à s’intéresser à sa défense. Un habitant a tiré, d'une partie qu'il a abénévisée, une merveilleuse quantité de cette terre rapportée; il s'est trouvé, sous une profondeur de plus de quarante pieds, des pavés de ciment, de petits conduits voûtes pour les usages secrets d'une maison, des restes d'un demi-bain de pierre, des portes dans les murailles, des pierres d'une grosseur remarquable, des médailles, des charbons, de la terre, des pierres brûlées, et tant de preuves d'un grand incendie, qu'il n'y a pas moyen d'ignorer ce changement. On y a trouvé entre autres une agate blanche, mais naturellement bordée, et comme couronnée d'une ligne noire avec tant de bonheur, que l'art n'aurait pas mieux réussi en la conduite de l'ovale qu'elle y forme : deux figures d'hommes sont gravées au milieu ; l'un d'eux y est représenté assis sur une chaise à tenailles, comme l'étaient celles des empereurs et des magistrats romains. On a de même percé la terre bien avant en d'autres lieux, et on a rencontré à la fin un pavé de grandes pierres qui occupe, comme l'on croit, un espace considérable: je me souviens encore d'avoir vu un carreau extrêmement épais, qui avait été arraché de ces murailles, et qu'un nom latin qui est échappé à ma mémoire, y était imprimé en lettres de relief. Davantage, la tour qui en est encore debout, est bâtie a la romaine, chaque pierre en étant taillée: tellement que c'est une vérité visible, que c'est ici qu’a été chez les Romains la demeure d'une personne publique, qui n'a pu être que prêteur, c'est-à-dire le gouverneur de !a province Viennoise.

L'église de Notre-Dame-de-la-Vie qui en est voisine, Appuie cette venté. La mémoire de ce qu'elle a été premièrement, n'est pas encore effacée, quelques révolutions que cette ville ait souffertes. C'est une tradition venue jusqu'à nous depuis ce temps-là, qu'elle a été le prétoire des Romains où leurs magistrats rendaient la justice aux peuples. C'est sur cette vérité que l'histoire fabuleuse a osé publier que Pilate y a présidé aux jugements, avant qu'il eût été enfermé dans la prison, et que ceux qui ont peint au plus haut un globe rouge, l'ont accompagné de ces mots : C’est ici la pomme du sceptre de Pilate. Homère nomme sceptres les bâtons d'honneur des princes et des magistrats. Mais il est bien plus vrai que l'empereur Vitellius y fut averti, pendant le séjour qu'il fit dans Vienne au commencement de son règne, du succès qu'il aurait, par un augure qui fut d'abord négligé, mais que l'événement fit regarder depuis avec merveille: comme il était assis dans le tribunal et présidait lui-même a une audience publique, un coq lui vola sur les épaules, et lui monta après sur la tête. On expliqua cet accident après sa ruine, comme une marque des victoires d'Antonius Pius contre lui. Ce capitaine gaulois, dont la ville de Tolose était la patrie, avait le nom de Becco, qui, dans la commune façon de parler des Gaulois, était Ie bec d'un coq. Ce prétoire était ouvert de tous côté; et pour s'opposer à la foule du peuple, il n'y avait que des barreaux de fer entre ces grandes colonnes qui en soutiennent le toit. Elles sont, et tous ses ornements, de ce genre que les architectes nomment l’ordre corinthien. Mais nos pères en ont emporté les cannelures, pour les attacher plus étroitement à la muraille dans laquelle, par une stupidité sans exempte, ils se sont efforcés de Ies cacher.

Jean Faber, archevêque de Tarse, ln partibus in fidelium et suffragant de l’archevêché de Vienne, sous Jérôme de Villars, qui lui procura cet honneur à cause de son savoir et de sa probité, est enterré dans le chœur de cette église au-devant de l'autel son épitaphe (t) marque seulement les qualités de sa fortune; celles de son âme et de sa vertu sont imprimées dans la mémoire du peuple Viennois, qui en parle encore avec louange et avec des témoignages de beaucoup d'estime. Aussi l'ordre des frères prêcheurs, qui le donna à cette haute dignité, le reconnaît pour une de ses lumières. Pierre Patmier, qui a son tombeau auprès de lui, mourut dans une extrême vieillesse, et avec lui tout ce qui restait cette ville du nom et de la race de l'archevêque Pierre Palmier son épitaphe apprend quel fut son principal emploi. La maison de Costaing est célèbre dans cette ville depuis plus de trois cents ans. Une chapelle qu'elle a fondée dans cette église, est une preuve de sa piété, et une inscription qu'on y lit apprend les noms de ses fondateurs, quels ont été leurs bienfaits envers elle, et quels ont été leurs motifs.

Les rois de Bourgogne s'étant rendus les maîtres de cette ville, qui fut la capitale de leur état, firent construire sur les ruines de cet ancien palais une maison royale, invités à cela par la dignité et la beauté du lieu et par la force des murailles qui en restaient. Il était en partie dans la ville, et en partie dehors, porté sur des voûtes du côté que la terre s'abaissait, et cédait à la hauteur du reste. Nous en voyons encore d'entières, et les restes de quelques autres vers le couchant, qui nous apprennent qu'il n'a plus de ce côté l'étendue qu'il y avait. Ainsi, il était extrêmement élevé, et commandait à tous les environs, comme une citadelle redoutable en ce temps-là. Avant que Vienne se fût si fort approchée du Rhône, il était libre de tous Côtes, et il n'était environné que de jardins et d'une campagne ouverte. Plusieurs actes qui sont dans l'ancien cartulaire de St-André, m'en ont éclairci ; et certes ce serait offenser le sens commun, que de s'imaginer qu'il fut couvert de maisons comme il est aujourd'hui. Elles le dérobent aux yeux, et le tiennent si bien caché, qu'il ne parait plus. Le premier qui commença à profaner la majesté de ce palais, par l'approche d'une maison particulière, fut un certain Segnius, les qualités duquel sont ignorées. Les dauphins qui en demeurèrent les possesseurs comme comtes de Vienne, après la dernière ruine du royaume de Bourgogne, n'eurent pas plus de soin de le conserver dans cet état, vraiment royal, où il avait été sous Conrad et sous Rodolphe. Ils permirent de bâtir dans l'espace vide qui était autour, et le dauphin André donna même la liberté, l'an 1200, a Hugues de St-George, de construire une maison au-devant de la grande porte de ce palais, sous le cens annuel d'un denier. Ces princes qui souffraient impatiemment le pouvoir absolu des archevêques qui obscurcissait le leur, voulaient s'acquérir des créatures par ce moyen, et préféraient le profitable à l’agréable et à l’honnête. La maison de France ayant succède à cette des dauphins, on a cru qu'on ne pouvait mieux détruire les prétentions des héritiers de Rodolphe qu'en détruisant sa royale maison. Mais on l’a dédiée à la justice: pouvait-on se servir d'un prétexte plus spécieux? Louis XI ayant partagé avec l'archevêque Jean de Poitiers la juridiction et les droits royaux, que ses prédécesseurs avaient possédés sans trouble durant plus de quatre cents ans, consentit que la justice fût rendue à l'avenir dans ce palais, qui avait alors le nom de Palais Delfinal Le siège du juge de la ville y fut établi, comme l'a été depuis été celui du vice-bailli.

 Ce qui avait été le temple de la Justice sous les Romains, devint un temple plus sacré sous les Bourguignons. Le prétoire fut la chapelle de leurs rois, et en même temps reçut aussi les avantages et les qualités d'une paroisse, petite vraiment en étendue, mais qui surpasse encore aujourd'hui les autres en revenu. Sans doute, c'est à cause de son antiquité qu'elle était appelée Vieille déjà sous l'empire de Henri, second fils de Conrad et successeur de Rodolphe. Un abénévisement de divers fonds fait par l'abbé de Saint-Pierre Guitger à Otmar, dit qu'il y en avait, in parochia santae Mariae quae vocatur vetus. D’autres croient que son vrai titre est celui de Notre-Dame viae veteris, à cause, disent-ils, d’un ancien chemin qui est maintenant condamne; mais étant environnée de trois rues, il n'y a point de vraisemblance en cette conjecture. Le chapiteau d'une ancienne colonne taillé à la corinthienne, donne de l'honneur à l'angle d'une maison voisine, où il est mis en œuvre, ainsi qu'un morceau de frise sur lequel est sculptée une chouette. Mais je m’engagerais à un travail infini, si je voulais m’arrêter à remarquer exactement ces petites particularités...

Livre IV Chapitre 2 - Massif sur lequel a été autrefois l’idole de Mars. D'où est venue l’origine du mot de Biar, nom de ce territoire.

Mais ne nous arrêtons pas ici davantage. Deux monuments célèbres nous appellent à eux l'un est un massif de pierres cimentées et l'autre une pyramide soutenue de quatre piliers. Le premier est dans une vigne, et presque au pied de cette montagne, au bas de laquelle était le vieux chemin qui est présentement hors d'usage. Il est rond, et a environ douze pas de diamètre mais sa hauteur est diminuée de beaucoup, depuis que l'on a eu si peu de respect pour un monument si vénérable que de le détruire pour en employer les pierres en des ouvrages peu importants. Il a une ouverture en bas qui regarde le couchant. Elle est assez profonde, mais elle n'est ni haute ni large pour avoir pu être la niche d'une idole de Mars, comme quelques-uns se le sont figurés. D'autres croient que ç'a été autrefois un tombeau, et que ce creux qui est maintenant vide a été le lieu où fut placé le corps de celui à qui il fut érigé. En effet, il a quelque sorte de rapport à celui qui fut dressé à Drusus auprès de Mayence, par l'armée qu'il avait commandée sous Auguste, et que Pierre Appien a représenté dans son recueil d'inscriptions. Toutefois, il est plus croyable que comme il restait encore dans Rome, nu temps de Pomponius Laetus, une partie considérable d'une masse de même grandeur et de même figure que celle-ci auprès de l'amphithéâtre de Domitien, sur laquelle ce savant auteur écrit que fut plantée la statue de Jupiter; de même celle de Mars l'a été sur celle-ci. Il avait déjà un temple de ce côté, et c'était alors une chose commune de présenter les idoles des dieux sur les grands chemins au culte de la superstition publique. Et n'est-ce point de celui qui était rendu à Mars en ce lieu que le territoire voisina reçu le nom de Biar. Les Gaulois de la ville de Sens, et leurs confédérés, au nombre desquels étaient les Allobroges, laissèrent en ce pays, comme l'écrit Adon, plusieurs marques de leur zèle et de leur dévotion envers ce Dieu. Peut-être que ce monument en fut une que la postérité conserva depuis soigneusement. Leurs prêtres, à qui la langue grecque était chère jusqu'à s'en servir plutôt que de la leur, dans les occasions des affaires ou des solennités les plus importantes, ne pourraient-ils pas lui avoir de là imposé le nom de biaros, pour signifier que ce lieu était sous la protection de Mars, qui y manifestait son pouvoir et sa force. Aussi ce territoire est appelé Biara a dans les documents du règne de Rodolphe et ce mot, quoique corrompu, n’est pas fort différent de cette origine grecque.

Livre IV Chapitre III  Pyramide cénotaphe de l'empereur Auguste.

"La pyramide qui paraît au milieu de la plaine est néanmoins un monument avec lequel celui-là mérite à peine d'être comparé. Elle est composée de quartiers de pierre d'une grosseur digne d'étonnement, et pousse fort haut sa pointe carrée que soutiennent quatre piliers, entre lesquels sont autant de portes et d'entrées. Les provinces voisines ont peu de monuments qui lui cèdent. Je ne doute point qu'elle ne fut accompagnée de beaucoup d'ornements qu'elle n'a plus, et dont l'injustice de quelques hommes brutaux l'a dépouillée. Il est certain que si elle avait pu être facilement démolie, les nations barbares qui ont si souvent inondé les Gaules, l'auraient renversée; mais ne l'ayant pu sans danger, elles l'ont du moins outragée autant que leur rage en a eu la liberté. S'il manque néanmoins quelques pierres à sa cime, de manière qu'elle ne finit plus en une pointe aiguë comme elle faisait, c'est un outrage qu'elle n'a reçu que depuis environ cinquante ans. Un Milanais qui habitait dans Vienne en ce temps-là, ayant acheté la terre où est cette pyramide, fut porté par son avarice et sa brutalité, au conseil de la détruire. Il commença ce sacrilège, mais le savant Pierre de Boissac lui opposa son autorité et étant alors chef de la justice dans Vienne, il fit pour sa gloire et pour celle de sa patrie cet acte de justice qui nous a conservé un si bel ouvrage. C'est une opinion aussi publique que mal appuyée qu'elle est le mausolée de Vénérius, que l'on feint avoir été l'auteur et le fondateur de cette ville. On s'est imaginé que comme les urnes qui contenaient les cendres d'Adrien et de Marc-Aurèle furent mises à la cime des obélisques dressés dans Rome à leur mémoire p celles de Vénérius le furent aussi par les premiers Viennois, à la pointe de cette pyramide, dans une urne d'or. Cette imagination a été suivie d'une autre par laquelle on a voulu la confirmer. On a ajouté, comme l'a remarqué Jean du Bois, que le poète Ausone en fait mention dans le Gryphe que nous avons de lui, et que nous lisons parmi ses ouvrages poétiques. Mais qui l'aura lu jugera de la hardiesse à supposer qu'ont eu ceux dans l'esprit desquels cette pensée est premièrement tombée. Cet ouvrage paraît trop romain pour être attribué à des Africains; et il y a d'autant moins de raison d'en croire les auteurs, qu'il est certain que l'Afrique n'a rien de semblable. Outre que les récits que l'on fait de Vénérius sont fabuleux et que Vienne est l'ouvrage des Allobroges et non de peuples si éloignés, j'avoue néanmoins que cette pyramide n'a été faite que pour honorer la mémoire de quelque illustre mort; et quoique nous n'ayons point de preuves assez fortes pour nous apprendre avec certitude à la gloire de qui elle a été érigée, nous avons assez de conjectures pour nous figurer que c'a été à l'honneur d'Auguste. Les longues prospérités de son règne lui ayant acquis et l'estime et l'amour de tous les peuples, des honneurs divins lui furent attribués, après sa mort, dans les principales villes de l'empire romain. Elles tâchèrent toutes d'imiter ce qu'avait fait celle de Rome en cette occasion. Il n'y eut pas seulement des temples et des prêtres comme un dieu immortel, mais aussi des tombeaux comme un homme illustre ; elles lui érigèrent de superbes cénotaphes aussi bien que des autels. C''est ainsi que les Grecs, et après eux les Latins, ont nommé ces tombeaux vides, qui ne sont bâtis que pour perpétuer la mémoire des personnes d'un excellent mérite ou d'une haute condition, Celles qui négligèrent de s'acquitter de ce devoir, furent maltraitées, comme coupables d'un crime. Tibère n'en laissa point d'impunies. Cela étant, n'est-il pas vraisemblable que Vienne, qui était alors si noble et si puissante, fut des plus ardentes à témoigner à Tibère les respects qu'elle avait pour lui, par ceux qu'elle avait proposé de rendre à la mémoire de ce prince son père et son bienfaiteur ? Nous avons déjà vu comme elle lui consacra des prêtres et des autels; et il est bien à croire qu'elle joignit à ces honneurs qu'elle devait à ce prince mis au nombre des dieux, celui de la sépulture qu'elle devait à ce Dieu mis au nombre des morts. Cette pyramide en fut sans doute le cénotaphe; du moins sa structure ne souffre point que l'on croie qu'elle ait été le tombeau d’une personne privée, et nul des empereurs ne se présente de qui on puisse juger qu'elle le soit plus apparemment que d'Auguste."

 livre IV chapitre 10 Maison de ville.

Maison de ville, Palais des rois de Bourgogne, nommé des Canaux - Aqueducs par lesquels Clovis surprend Vienne - Inscription tour d'Orange - Arc de triomphe - Porte Gratienne et triomphale - Fragment des statues - État présent de ce palais - Statue de relief - Inscriptions romaines -  Tuf formé des eaux de la première - Casque d’airain - Muraille et reste de l’ancien palais.

La maison publique est une partie de l'un des palais des derniers rois de Bourgogne. La preuve s'en tire des patentes de l'empereur Frédéric I, de l'an 1 153 par lesquelles il commet la garde de la ville de Vienne, du palais des Canaux, et du château de Pipet à l'archevêque Hugues aux doyens et aux chanoines de Saint-Maurice et à leurs successeurs. C'est le titre fondamental de tout le droit qu'ils ont depuis prétendu et exercé sur le temporel de cette ville. L'an 1558 ce chapitre qui était mal avec l'archevêque Bertrand de la Chappelle qu'il accusait d'avoir trop d'intelligence avec le roi Philippe de Valois, appela à sa défense le dauphin Humbert, et pour l'y obliger lui céda le même droit dont cet empereur l'avait favorisé. Cette maison fut comprise dans la cession faite à ce prince, ses cédants reconnaissant bien qu'ils n'en étaient que les dépositaires et non les maîtres qui en eussent l'absolue propriété; il fut exprès réservé entr’eux, qu’où l'empereur voudrait la recouvrer et mettre fin à cette garde commise par ses prédécesseurs le Dauphin serait obligé de la lui rendre, et demeurerait en même temps affranchi de quelques charges qui lui avaient été imposées. Elle a le nom du palais des Canaux à cause des aqueducs et des voutes souterraines sur lesquelles elle est comme suspendue. Il en aboutit ici de tous côtés et l’on croit que par quelques-unes qui nous sont maintenant inconnues, d'ici on pouvait avoir une secrète et facile communication avec ceux qui étaient dans Pipet. C'est ce qui appuie ce que nous avons remarqué sur l'origine du nom de Romestang, car par ces canaux l'eau y était portée en abondance pour les divertissements et pour les naumachies. Mais ce qui a encore rendu ce nom plus propre à ce lieu et si célèbre que tant de siècles ne l'ont ni effacé, ni corrompu, est une des plus grandes révolutions que Vienne ait endurées. Par ici entrèrent les troupes de Clovis qui la tenait assiégée. Quelques-uns de ces aqueducs, qui avaient leur issue hors de la ville, leur furent un chemin par lequel elles y pénétrèrent sans être découvertes elles gagnèrent ainsi la victoire que peut-être des années entières ne leur auraient pas donnée.

Cet ancien palais que l'on croit être l'ouvrage du roi Conrad, a encore quelques témoignages de sa première beauté dans celle de ses murailles; mais avant que nous l »abordions de plus près, arrêtons- nous un moment à lire ces vers qui se présentent à son entrée gravés sur du marbre

URBS ANTIQVA POTENS ARMIS CLARISSIMA GENTIS

ALLOBROGVM ASCATADIS TEMPORE STRVCTA FVIT

A DECIMOSEXTO QVI CELTAS REXIT AD AMNEM

CONDIDIT HANC RHODANVM FERTILIORE SOLO

ET QVIA FRONDOSA TENTORIA FIXIT IN VLMO

POSTERITAS VLMI SIGNA DECORA TVLIT.

PVNICA NAVE FVGIT CVM TECTA VENERIVS VRBEM

HANC TANDEM VOLVIT NOMEN HABERE SVVM

AEDIBUS INSIGNIS PEREGRINO MARMORE TEUPLVM

EREXIT CENTVM LVDIFICATA DIIS

AVCTA FVIT DVCIBUS ROMANIS CAESARE VIVO

ARCIBVS ERECTIS NOMINE QVINQVE SVO

PAVLVS ET HANC DOCVIT CHRISTVM CRESCENTE RELICTO

SANGVINE SACRAV1T MVNERB ZACHARIAS

NAM MANTILE FVIT QVO MENSA ORNATA SACRATO

CVM FIDEl XPS MAXIMA SACRA DEDIT

SANCTA VIENNA TENET SACRIS DECORATA TBIVMPHIS

SANCTORVM QVORUM SANGUINE TOTA MADET

HVIVS ET VRBIS HOXOS THEBEE DVX LEGIONIS

MAVRICiVS SACRO VERTICE ADAVGET OPES.

 Ils furent composés l'an 1518, par Lavinius. religieux de l'ordre des frères prêcheurs, et alors jugés assez bons pour mériter l'honneur qu'ils ont reçu, qui surpasse celui qu'ils pouvaient procurer à cette ville à la louange de laquelle ils ont été faits. Ce qu'il dit d'Ascatade, d'Allobrox et de Venerius est fabuleux ; mais passons outre.

Une tour carrée, d'une hauteur digne de merveille, se présente sur la main gauche à l'entrée de ce palais. Elle est appelée la Tour d'Orange, parce que Louis de Chalons, prince d'Orange, qui était dans les intérêts des Anglais et dos Bourguignons contre le roi Charles VII, ayant été fait prisonnier y fait envoya et gardé assez longtemps. Les derniers rois de Bourgogne la firent bâtir sur ce qui restait alors d'un ancien arc de triomphe érigé sous les Romains. La porte de la ville appelée, à cause de lui, triomphale, était auprès, et comme on en voit au milieu même de la ville de Rome, celui-ci fut dressé en ce lieu. Il était ouvert de tous côtés, et soutenu eu dehors par des jambages travaillés à la ionique, et en dedans par des colonnes de même façon. Il en reste encore trois accompagnées de leurs chapiteaux, de leurs frises, de leurs architraves, et de leurs corniches de même ordre. Et il est vrai, quoiqu'il en reste si peu, que ce peu suffit pour faire concevoir quelle a été la beauté et la magnificence de cet ouvrage. Il est assez visible que cet arc était couvert de plaques de marbre ou d'airain, dont la brutalité des barbares ou l'ignorance superstitieuse des premiers chrétiens l'ont dépouillé. Il n'était pas sans inscriptions, mais elles sont péries avec le reste; et la même violence qui lui a ôté ses ornements, nous a ôté en même temps des connaissances qu'on ne pourra jamais recouvrer.

Au-dessus de la porte voisine de cette tour, qui donne l'entrée dans cette royale maison, paraissent deux fragments de statues qui ont été employées avec plus d'art autrefois a quelque bâtiment illustre, qu'elles ne le sont en celui-ci. La muraille qui l'enferme de ce côté, du couchant au levant, et du levant au midi, forme un demi-ovale, venant se rejoindre à celle de la ville vers le midi. Elle est d'une épaisseur qui !a rendait capable de résister à toute violence quand elle fut bâtie; et elle l'est avec un ordre et une symétrie si peu différente de celle que les Romains observaient dans leurs plus célèbres ouvrages, qu'elle ne méritait pas l'injure qu'on lui a faite. On a permis à qui l'a voulu de bâtir aux environs, et morne d'y attacher de nouveaux édifices. Ses fossés ont été ainsi comblés, ses jardins occupés; et cet espace libre et ouvert de tout côte, qui ajoutait infiniment a la grâce de ce palais, et était une marque de sa dignité, a été rempli de diverses maisons. Enfin il ne paraît plus, quoiqu'il le puisse encore avec honneur. On souffrit premièrement, par l'appât de quelque profit apparent, que l'on fît de petites maisons autour; et toutefois on eut alors assez de retenue pour ne permettre point qu'on leur donnât plus de quinze pieds de hauteur vers le septentrion, et de dix vers le midi, c'est-à-dire du côté qu'elles regardaient ce palais : de manière qu'étant beaucoup plus élevé, il ne laissait pas de paraître et de dominer dessus avantageusement. Depuis on consentit, l'an 1542, que ceux qui étaient les propriétaires de ces maisons les rehaussassent jusqu'à vingt-quatre pieds du côté du nord, et à dix-huit de celui du midi. Ou leur abandonna même jardin et les fossés et peu après on en est venu à ce point, que ce palais n'a pas reçu moins d'outrage que s'il en eût mérité, au lieu de la vénération qui lui était due. Néanmoins ses murailles ont été conservées, et huit cents ans ne leur ont pas apporté du changement, comme ils ont fait à ce qu'elles environnaient. Ces bâtiments, dignes de loger les rois, n'ont pu résister au temps, et ceux qui leur ont succédé et que nous voyons aujourd'hui, n'ont rien qui leur puisse être compare. Du moins sont-ils encore considérables par une salle où est une entrée secrète à plusieurs grottes fort profondes. Elle est fort spacieuse, et cède à peu d'autres en beauté. Avant qu'elle eût été réparée en l'état où elle est présentement, on voyait à son entrée une pierre taillée en bas-relief, qui est maintenant négligée. Ce qui y est représenté, est un homme assis sous un arbre, les bras nus, la tête couverte d'un bonnet et les mains jointes, qui regarde le ciel ; un certain animal est devant lui qui semble lui donner de la peur par sa figure étrange, et être la cause de ce qu'il lève les yeux et les mains au ciel. Une pareille image, qui était attachée à une des maisons du cloître de Saint-Maurice, plut si fort à François I°, à ce père des lettres que sa faveur a rappelées en France, qu'elle fut portée par son ordre à Fontainebleau l'an 1556. Si ce n'est le prophète Jonas que le sculpteur a eu la pensée de représenter, j'avoue que je ne puis conjecturer qui ce peut être.

Ces deux inscriptions, dont la première fut trouvée dans quelques masures, et l'autre dans le Rhône même, d'où elle fat tirée an 1542, étaient avec cette figure dans ce lieu et il n'y a pas cinquante ans que le célestin Dubois y en vit la première mais ni l'une ni l'autre n'y paraissent plus aujourd'hui.

  1. M.

GRAECIO DEF.

ANNOR.XXH

DONNIA MO

DESTA

ALVMNO

Donnia est un nom gaulois et non romain, et Donnius fut un roi des Alpes, duquel Vestalis pour qui Ovidea fait une élégie, tirait son origine. Mais Graeciusen est un barbare, celui de Graecinus ayant été seul en usage parmi les Romains. Quoi qu'il en soit Donnia, nourrice ou bienfaitrice de Graecius, eut le soin de son tombeau après qu'il fut mort, comme elle en avait eu de sa personne pendant qu'il vécut.

DECIDIVS

GRATVS

VIVOS

SIBI

Ce Décidius Gratus, qui se dressa et se prépara lui-même son tombeau, était de la race des Décidies, famille considérable dans Vienne, et divisée en trois branches, comme nous l'avons remarqué.

Vers la muraille de la ville, la nature a formé du tuf; et cet ouvrage, si extraordinaire en un lieu comme celui-ci, est digne d'admiration. Il composait comme un tertre élevé, qui, étant percé en bas par un conduit assez large, a fait croire qu'il y passait de l'eau, qui a été la cause de cet effet si peu commun. Depuis on a arraché tout ce qui s'opposait au dessein que l'on eut, il y a quelques années, d'y faire une cave plus commode qu'elle n'y était auparavant. Mais, comme on y travaillait alors, on fut surpris d'y rencontrer au plus haut un casque à la romaine engagé dans te tuf qui le couvrait de tout côte. La place qu'il remplissait est maintenant vide, et on l'a conservée pour en garder la mémoire. Ce casque est d'airain, et enrichi d'une dorure que le temps n'a presque point ternie. Il n'est sorti des archives publiques que depuis quelques années seulement, et on aurait à souhaiter qu'il y rentrât, et qu'il y fut gardé plus fidèlement à l'avenir. Plusieurs endroits d'Homère nous apprennent quêtes premières armes offensives et défensives ont été faites d'airain et non de fer, Il n'en donne point d'autres il ses héros que de ce métal et Isidore, qui sans doute y a fait réflexion, remarque à cause de cela que l’usage de l’airain est plus ancien dans les emplois de la guerre, que celui du fer qui y était presque inconnu dans ces commencements.

Une partie de la muraille qui ferme la ville, et le palais de ce côté, est bâtie de fort grandes pierres rangées et disposées avec tant d'art, qu'il est aisé de juger de la magnificence et de la beauté des édifices auxquels elle a servi autrefois. Mais il nous faut sortir de ce palais où rien ne peut nous arrêter davantage, pour visiter la halle, la place voisine et les rues qui lui sont opposées vers le nord .

Livre V chapitre 7  Aqueducs de Gotheline et de bois royal

Derrière Sainte Blandine, vers le levant, sont les territoires de Gotheline et de Bois-Royal, tous deux remarquables par les anciens aqueducs qui les entrecoupent de tous côtés. Non-seulement les eaux de la Ger étaient conduites par ces aqueducs, mais aussi divers ruisseaux qu'ils recevaient de plusieurs endroits. En effet, quelques-uns de ces merveilleux conduits ont leur naissance vers le midi, comme la plupart l'ont vers le levant. Ils ne sont pas appuyés sur des arcs en ce lieu, qui, étant assez élevé de soi-même, n'a pas eu besoin de cet aide; mais il est certain que d'autres l’étaient en des endroits plus bas et moins favorables; et c'est d'où ce territoire, qui est appelé la plaine des Arcs, au-dessus du Pont-Evêque, a tiré son nom. Il est vrai qu'il n'en reste plus de marque ; mais ceux-ci, qui ont résisté au temps, nous apprennent assez ce qu'ont pu être les autres qui lui ont cédé. Ils sont bâtis avec tant d'art, et liés d'un ciment si fort, qu'il est impossible d'en rien détacher sans une extrême violence. Les uns sont plus larges et plus spacieux que les autres; et quoiqu'ils viennent de divers endroits, il est évident qu'ils tendaient tous à une même fin. Ils portaient ces eaux dans Vienne, ou ils les distribuaient de la manière que nous avons déjà observée. C'est une chose digne d'être admirée, qu'il y en a de si hauts et de si larges, que plusieurs peuvent s'y promener facilement de front et certes on en a accommodé à cet usage auprès de Pipet, dans des vignes, où ils tiennent lieu do tout autre bâtiment. Mais c'est une plus grande merveille, qu'il y en avait qui pénétraient du côté du nord ce solide massif, sur lequel est assis le château de Pipet, quoiqu'il soit si haut et d'une telle largeur qu'il a mérité d'être appelé le Mont- Artificiel. Ils perçaient de l'autre côté vers le midi, bien que le lieu de leur issue soit entièrement inconnu. Je me figure qu'ils portaient de ce côté l'eau nécessaire à l'amphithéâtre qui était au-dessous, au temple de Mars, aux bains et aux naumachies. Mais des plus grands et des plus considérables, les uns passaient au travers de la ville et r avaient leur embouchure dans le Rhône un peu au-dessous du, pont où elle est encore visible, et les autres fléchissaient vers le septentrion, pour l’usage du palais impérial qui occupait cette éminence, qui l'est aujourd'hui par la maison des pères de la compagnie de Jésus, et par le couvent des pères capucins. On en voit un très-entier dans le bas jardin de ceux-ci ; il passe au-dessous de l'église, et de là il descend en bas ou il rendait les eaux qui lui restaient à des bains dont les masures méritent d'être vues, dans une maison contiguë au pont de Saint-Martin. Ils étaient divisés en tant de rameaux, soit pour arroser Vienne, soit pour la nettoyer, qu'elle ne mérite pas moins que Rome le nom de ville suspendue, que Iules Frontin a donné à cette reine du monde. Néanmoins je ne saurais me persuader qu'il soit vrai, comme le veut un sentiment mal appuyé que l'on fait passer pour une tradition, qu'une certaine voûte souterraine ne descend pas seulement du château de Pipet jusqu'au Rhône, mais qu'elle passe aussi jusqu'à l'autre rivage, sous les montagnes de ses eaux. Qui pourra se l'imaginer, si l'on fait tant soit peu de réflexion à l'impétuosité de cette rivière et à la profondeur de son canal, outre qu'il n'en parait plus de laquelle on puisse présumer rien de pareil; et quel moyen de croire que l'on eût négligé le souvenir d'une chose si digne de la mémoire de tous tes siècles.

Livre II Chapitre 10 - Le palais des Miroirs

Église de Saint-Jean ruinée. Masures et restes d'antiquité remarquables. Le Mireau ou le Miroir, Église dédiée à saint Ferréol par saint Mamert.

Sur ce grand chemin, à deux cents pas de Sainte-Colombe, était autrefois une église dédiée à St-Jean; le territoire qui était aux environs en conserve le nom et quelques masures qui restent montrent que ce n'était pas un édifice médiocre. Elle fut renversée et brûlée par des troupes envoyées par les Arabes d'Espagne, au secours des enfants de Gueffier, duc d'Aquitaine, contre Charles Martel, environ l'an 726. Il semble que tout ce qu'il y a de vignes de ce côté (et elles remplissent presque tout ce territoire, n'est planté que sur un massif continuel composé d'un ciment très-fort, et couvert presque partout d'un pavé de marqueterie, qui serait encore entier si on ne le perçait tous les jours avec dessein en beaucoup de lieux, et si on ne l'arrachait en d'autres, pour rendre cette terre plus capable de répondre aux désirs de ses possesseurs. Changement étrange et déplorable de ces maisons si magnifiques, de ces églises si vénérables autrefois, et de ces monastères si renommes! Il n'en reste que des masures et des fondements à moitié arrachés, qui apprennent par leur chute la faiblesse des choses humaines Et seges est ubi Troja fuit. Ce que l'orgueil des idolâtres, ce que la piété des chrétiens avait élevé avec tant d'art et de soin, a souffert la même injure, et l'injustice des hommes n'a pas fait réflexion à la différence de leurs causes.

Non guère loin de là, on voit debout, au milieu de quelques vignes en un territoire nommé Mireau ou le Miroir, des murailles d'une rare structure. Elles étaient autrefois couvertes de petites plaques de marbre vert, qui leur donnaient une merveilleuse grâce. C'est ce que les anciens nomment incrustation, comme nous avons déjà remarqué. La terre ayant été creusée au pied il y a quelques années, on rencontra ce qu'elle cachait sous leurs ruines encore orné et enrichi de cette manière.

Ces pièces de marbre y étaient attachées, et elles y avaient été appliquées avec tant d'art qu'elles semblaient n'en composer qu'une. Ces murailles renferment une voûte souterraine dont l'ouverture parait fort visiblement. Les colonnes, les frises et les chapiteaux de marbre blanc, qui ont été tirés depuis peu d'années du milieu des masures répandues de tout côté, témoignent quelle a été la magnificence et la beauté de cet édifice. Mais il ne fallait pas qu'il en eût moins, pour avoir le premier rang entre les monastères Griniacenses car cette église, qui est appelée paeclarissima domus martyrum par l'archevêque Adon, était accompagnée du plus célèbre de tous, et l'étendue des masures qui environnent ce lieu marque assez clairement celle qu'il avait. Les Maures d'Espagne l'ayant réduit en cendres sous Charles Martel les ministres de l'état français ayant fait leur propre des revenus des biens ecclésiastiques, et la ferveur qui enflammait le zèle de nos premiers prélats, étant enfin dégénérée en un amour aussi violent de leurs intérêts particuliers, que leurs prédécesseurs en avaient eu pour ceux de Jésus-Christ, un lieu si sacré est devenu profane, et ces trois causes ont ravi à Dieu ce qu'elles ont partagé aux hommes. Ce que l'on publie de Sempronius Graccus et du grand Pompée, est une fable mal concertée. Il y en a qui s'imaginent que celui-là passant en cette ville pour aller commander en Espagne, fit construire ici un palais; d'autres disent que c'est Pompée, et qu'il fut appelé le Miroir, parce que la maîtresse de celui-ci y étant logée, ces deux amans se servaient d'un grand miroir, pour se voir plus facilement l'un l'autre. On dit que Pompée avait son palais dans Vienne, sur l'éminence que le couvent des pères capucins et la maison des pères de la compagnie de Jésus occupaient autrefois, et que sa maîtresse avait couvert la muraille du sien de ce côté d'un grand et merveilleux cristal, à l'aide duquel Pompée lui apprenait, de moment en moment, ce  qu'ilvoulait qu'elle sût de la force de sou amour. Il leur était un fidèle interprète qui leur expliquait, par certains signes concertés, les pensées que leurs paroles ne pouvaient leur porter à cette distance. Qui ne voit d'abord qu'il n'y a rien la qui ne soit fabuleux et imaginé à plaisir ?

II est vrai qu'Adon écrit que Graccus apud Viennam urbem Galliae in Hispaniam ulteriorem transiens platomam miro opère construxit et pontem super Rhodanum ab utroque littore castris miro opère fundatis superduxit. Mais il ne parle d'aucun palais, et ce mot barbare de platoma ne peut être pris eu ce passage que pour quelque sorte de fortification et non pour une maison de plaisir. Pour Pompée quoique je ne nie pas que l'amour ne lui ait été une passion qu'il n'a pu vaincre et encore moins tenir cachée, quelle apparence de se persuader qu'allant en Espagne avec hâte comme il faisait pour s'opposer aux progrès de Sertorius, il se soit amusé à bâtir et à faire l'amour en cette ville?

Peut-être que le jugement avantageux que l'on est contraint de faire de ces anciens bâtiments par leurs superbes ruines, est la cause de ce que l'on juge qu'il ne leur faut donner d'autre auteur que les Romains, qui établissaient l'éternité de leur nom et de leur gloire en de pareils ouvrages. Nous avons encore trop de témoignages de leur magnificence pour ne la pas avouer; et néanmoins il n'est pas juste de lui attribuer inconsidérément tout ce qui des siècles passés est venu jusqu'au nôtre. Les premiers chrétiens étaient libéraux jusqu'à la profusion pour les églises et pour les édifices sacrés; ils n'y épargnaient ni l'or, ni le marbre. Les incrustations et les pavés de marqueterie, et enfin l'architecture n'a point de secrets qui n'y fussent employés. La description d'une église bâtie dans la ville de Lyon, par son évêque S. Patient, que fait Sidoniua Apollinaris, est la preuve de cette vérité. Le nom de Mireau et de Miroir (car Mireau est dans la façon de parler du bas peuple, ce que Miroir est dans la langue des honnêtes gens) n'est pas si particulier à ce lieu qu'il puisse appuyer ce conte fabuleux du Miroir de la maîtresse de Pompée. Il est commun à un célèbre monastère de la Bourgogne, et à un territoire qui est auprès de Paris ; et en chercher l'origine ce serait une chose superflue outre que l’épitaphe de Geofroy Baudoin qui mourut l'année 1239 donne à celui-ci le nom de Mirallo qui est fort éloigné de celui de Miroir. On voit cette inscription dans l'un des cloîtres de St- Maurice et certainement elle détruit l'opinion vulgaire

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