Vienne – La sonnante

Le Palais archiépiscopal – La Tour de sainte Colombe – L’Église Saint Maurice – Prieuré de Saint Blaise, rue du bordel public

 

Chapitre XII Livre III  Le Palais Archiépiscopal

Description du palais archiépiscopal. Ses réparations et ses bienfaiteurs ? Salle des Clémentines, où a été tenu le concile de Vienne. Chapelle de l’archevêché. Inscriptions.

” Nous sommes trop près du palais archiépiscopal pour ne pas le visiter. Il est dans une situation fort agréable, élevé presque partout sur un massif qui y a été fait exprès. On croit qu’un des palais des rois de Bourgogne (car ils en avaient plusieurs en cette ville était ici, et que Conrad en fil un présent à Saint Maurice pour y loger les évêques plus noblement peut-être qu’ils l’avaient été jusqu’alors. L’archevêque Jean de Bernin l’embellit autant qu’il lui fut possible, et son éloge, qui fut fait incontinent après sa mort, dit qu’il l’augmenta beaucoup, l’ayant accru de nouveaux édifices. Il avait bien plus d’étendue en ce temps-là qu’il n’en a maintenant. Cette maison, où était la salle des Clémentines, était un de ses appartements, qui n’en a été séparé que longtemps après la mort de ce grand prélat.

Le pape Clément V ayant convoqué le quinzième concile général en cette ville où il fut tenu l’année 1311, les assemblées de Pères se firent presque toutes dans cette salle pour la commodité du Pape, qui était logé dans l’archevêché. De là le nom qu’elle a des Clémentines lui fut imposé, mais elle a bien changé aujourd’hui de condition. On n’a pas eu le soin de lui conserver la dignité que le Saint-Esprit lui avait acquise en y prononçant ses oracles. De ce même côté est l’auditoire public, où le juge des archevêques rendit autrefois la justice après que le chapitre eut renoncé à la part qu’il avait à cette juridiction. Il n’est pas si aisé de remarquer où était une tour qui flanquait ce palais d’un côté, quand les gens du dauphin Humbert la ruinèrent, sous I’ archevêque Bertrand de La Chapelle, il y a plus de cinq cents ans. Il est vrai qu’elle fut réparée par ce dauphin, qui fut condamné a cela par le Pape Benoit XII, cet par son successeur Clément VI. Et je ne sais pas si c’est la même qui était déjà menacée de ruine l’an 1451, si les consuls de Vienne ne l’en eussent eux-mêmes garantie.

La chapelle que l’on voit dans ce palais, est encore un ouvrage du même archevêque. Il la consacra a la Sainte Vierge, qu’il appela ainsi à la protection de ce palais. Elle est voûtée et d’une si belle symétrie, qu’il n’y a rien à désirer. Ses successeurs n’ont pas tous négligé le soin de l’embellir, et tous ont eu celui de la conserver et de la défendre des injures du temps. Les archevêques de Vienne y sont peints jusqu’à l’an 1450 et presque tous avec leurs armes et leurs éloges : Ce qui ne nous donnerait pas une médiocre lumière dans l’histoire de leurs vies, si des hommes brutaux et cruels ne s’étaient montres plus ennemis de cette peinture, que le temps qui l’est de toutes tes meilleures choses. II n’y reste aujourd’hui de lisible que cet éloge de l’archevêque Vassalli (3) qui nous apprend bien plus de ce prélat que le Lièvre n’en dit dans sa vie

PRAESVL IN VIENNENSI VRBE GAVFRIDVS VASSALLÏ AB ENGOLISMO TRAHENS ORTVM DE NOBILI DOMO REGIS FRANCORVM CONSILIARIVS ET PRVDENS MORVM VIR PIVS HUMILIS MAGNIFICUS ET LIBERALIS /PLENVS CARITATE ERGA PAVPERES ET  PIETATE VRBS TVRONENSIVM HABET CORPVS VT DEP0SITVM ANA FIDELIS PACE FVLGEAT IN COELIS AMEN. ANNO / MCCCCXLVI. XVÏ OCTOBRIS CVI DEBITVM  SOLVIT.

Chapitre IV Livre II – Tour de Sainte-Colombe

Tour de Sainte-Colombe ; par qui bâtie. Inscriptions.

Une tour défend l’entrée de ce pont vers Sainte-Colombe elle est fort élevée et d’une excellente architecture, la plateforme qui la couvre étant garnie de quatre tourions, et environnée de tous côtés de Créneaux et de meurtrières, de manière qu’elle ne saurait être abordée impunément. Le roi Philippe de Valois ayant formé le dessein de joindre à son état, non seulement celui du dauphin, mais encore la ville de Vienne qui n’en dépendait point, et qui en composait un particulier sous le gouvernement de son archevêques, fit bâtir cette tour pour favoriser ce projet. Il fit même environner de murailles le bourg de sainte Colombe, n’y ayant laissé que trois portes libres: l’une est opposée au midi, l’autre au couchant, et la dernière regarde le pont vers le levant, les armes de France paraissent encore au-dessus des deux premières. Il joignit à cette tour une maison pour y loger le viguier, c’est-à-dire le juge qu’il établit en ce lieu et qu’il en fit le gouverneur : Elle est nommée la maison de la Viguerie, et était attachée à cette tour par des murailles qui sont présentement renversées et dont il ne parait plus rien. Le viguier avait ainsi une libre entrée dans la tour par une petite porte qui a été murée depuis, si bien qu’elle est hors d’usage. Aldebert de Strasbourg, qui vivait dans le siècle de Philippe de Valois, attribue si clairement à ce Roi la construction de cette tour et celle de sainte Colombe C’est-à-dire de ses murailles, qu’il n’y a pas moyen d’en douter. Delphino itaque evadent, dit- il, rex illico ex opposito Viennae eixitatem construxit turrim in ponte ponen lo, quod pro delphinois progredi non audebatf.

En effet, ou y voit dans une pierre auprès d’une petite fenêtre qui regarde le couchant, une fleur de lis en bas-relief, qui est un témoignage convaincant que c’est un roi de France qui l’a fait bâtir. Quoique ce bourg qui est au-delà du Rhône, ne reconnaisse plus le gouvernement du Dauphiné, et dépende de Lyon, néanmoins cette tour n’a pas été retranchée de celui de Vienne, auquel elle est encore soumise. Elle couvre donc cette ville de ce côté, et rend son abord difficile à qui voudrai se servir de ce passage pour l’attaquer et pour lui nuire. Ce n’est pas qu’autrefois elle n’eut aussi ses fortifications particulières : la porte qui lui ouvre l’entrée du pont. Pour aller à cette tour, était munie d’une herse et d’une autre tour de laquelle nous ne voyons plus de marque (1) tellement que quand ce nouveau bourg de Suinte-Colombe lui serait devenu ennemi en lui devenant étranger, elle n’aurait pas été nue de ce côté comme elle l’est aujourd’hui.

(I) La tour et la Viguerie ayant revendues, les acquéreurs y ont apporté de notables changements. L’entrée du pont a été démolie. Un quai élevé il y a peu d’années sur la rive droite du Rhône, donne à ce local un caractère tout particulier, cette tour gothique délabrée, au milieu de constructions modernes offre un contraste piquant. Il est malheureux que l’on n’ait pas fondé un port en cet endroit au lieu d’une chaussée, et que les débris de la Viguerie n’aient pas servi à combler l’anse que le fleuve formait sur ce point ; sainte-Colombe eut eu alors une belle place et un port commode. Philippe de Valois pour mettre un terme aux guerres que se faisaient les églises de Lyon et de Vienne, par rapport à la limite de leurs terres, s’empara de Ste-Colombe en 1534, et malgré les démarches du chapitre de Vienne, l’unit à son Royaume par une lettre patente du 19 mars même année, Jean de la Garde en fut élu gouverneur sous le titre de viguier (vicarii). Les fortifications dont ce bourg devint l’objet, eurent moins pour but sa défense, que le moyen d’asservir la ville lorsqu’une occasion favorable se présenterait.

Livre II Chapitre 14 – Le puits aux fées

Mais il ne faut point passer sous silence le Puits des Fées, ou, comme il est encore nommé, le Fort des Fées. Nos pères qui avaient une crédulité si facile, qu’ils ne mettaient jamais rieu en doute de ce qu’on voulait leur faire croire, se laissèrent persuader qu’en divers lieux, certaines substance» peu matérielles se produisaient d’ordinaire aux yeux des hommes, sous la forme de femmes d’excellente beauté. Ils les appelaient les Fées, soit que ce mot fût tiré de celui des Latins Nymphe, soit qu’il le fût d’un autre, avec lequel il parait qu’il a plus de rapport c’est à- dire de celui de Fadicae. En effet, c’était alors un bruit commun qu’elles conversaient facilement avec les hommes, et qu’elles les instruisaient, quand ils avaient gagné leur amour, des choses à venir et des ordres les plus secrets «lu destin c’est ce que Falidicae signifie. Non guère loin de Rome était un lieu nommé autrefois ad Nymphas, et aujourd’hui Sainte-Nymphe sans doute, ce qui chez les Latins était ad Nymphas, aurait été appelé le lieu aux Fées dans la langue de nos pères. ll en est fait mention dans les actes du martyre de Marius et de Marthe, rapportés par le Cardinal Baronius : Ducti sunt via Cornelia milliaro duodecimo ad Nymphas. Sur un petit rocher qui regarde le Rhône auprès de Saint- Romain, sont trois creux ronds que la nature seule a formés, quoiqu’il semble d’abord que l’art y a travaillé après elle: on dit qu’ils étaient autrefois fréquentés par les fées, qu’ils étaient remplis d’eau quand il leur plaisait, et qu’elles y venaient prendre souvent le plaisir du bain. On feint que toutes ces fées n’avaient presque de plus charmante volupté que celle-là, je ne dirai pas quelle foi doit être ajouté à ce conte, qui le dit assez lui-même sans que je lui prête mes réflexions. Rentrons maintenant dans Vienne, puisque nous avons vu tout ce qui mérite de l’être de ce côté, et reprenons sa description que nous avons interrompue pour faire celle de Sainte. Colombe et des lieux les plus remarquables qui sont aux environs.

 Livre III Chapitre 2 – La Cathédrale Saint Maurice

Description de l’église cathédrale de Saint Maurice. Épitaphe du cœur du dauphin François et d’Isabeau de Harcourt

Mais nous voici auprès de l’église Saint-Maurice, de ce superbe et royal édifice qui peut entrer en une juste comparaison avec tout ce que la France a de plus magnifique. Elle est l’ouvrage de la piété des anciens prélats de Vienne et de la libéralité des princes qui y ont dominé. L’art n’a point de secret qu’il n’y ait déployé et l’on remarque tant de symétrie en toutes ses parties, qu’on ne peut se lasser de l’admirer, non plus que de la voir. Enfin, elle seule est capable d’être l’ornement de cette province, et lui peut tenir lieu de plusieurs merveilles. Une grande place, que des maisons occupaient il y a environ deux cents trente ans, s’étend au-devant, et une seule maison lui ôte la vue du Rhône. L’auditoire où s’exerçait la juridiction des cloîtres était au-devant des degrés; mais il fut renversé en ce temps-là, avec les maisons dont il était environné. D’ici on voit la face libre de toute cette église, et une des ailes de la plate-forme haute et relevée, sur laquelle elle est assise. L’autre aile en est comme cachée par quelques maisons qui la couvrent, et je ne doute point qu’un jour l’amour d’un médiocre avantage que l’on en retire, ne cède par leur ruine à l’intérêt de la décoration publique. On monte à cette plate-forme par vingt-huit degrés, et de là à l’église par trois autres; mais avant que d’y entrer, son frontispice mérite que nous nous arrêtions pour le considérer. Il est enrichi d’un nombre infini de figures taillées dans la pierre, qui est percée à jour très délicatement en plusieurs. Elles témoignent assez qu’elles sont l’ouvrage d’un excellent sculpteur. Celles qui paraissent à la principale entrée, c’est-à-dire sur le grand portail, eu trois cordons différents, et dans trente-neuf niches, représentent l’histoire de la naissance, de la vie et de la mort de Jésus-Christ Ce dessin n’étant point parti d’un esprit peu savant, on y voit en même temps, sur chaque chose représentée, ce que les prophètes en ont prédit, et ce que le vieux Testament en a exprimé par ses figures mystérieuses. Les deux autres entrées, au milieu desquelles est celle-ci, n’ont pas les ornements moins riches ni plus négligés. Si on porte les yeux sur celle qui est à la main droite, on y verra avec plaisir l’ascension de Jésus-Christ représentée ingénieusement en plusieurs figures taillées dans seize niches, comme l’est sur l’autre l’assomption de la sacrée Vierge. Quoique l’impiété du dernier siècle avait exercé sa rage, ce qui reste suffit pour mériter notre admiration, et pour nous faire regretter ce ce qui n’y parait plus. Ces figures ont toutes de haut relief, et la plupart ne tiennent au corps de !a pierre dont elles sont formées, que par quelque endroit presque imperceptible. On voit encore vingt-quatre niches, où étaient autrefois posées autant de grandes statues, qui furent abattues en l’an 1567 par le commandement du baron des Adrets, si fameux en cette province par les maux qu’il y fit, et par les crimes qu’il y commit en ce temps-là. Il n’en reste plus que quelques-unes encore sont-elles sans tête et sans bras. Au milieu de toutes, était celle de saint Maurice; elle ne fut pas plus épargnée que les autres par ces forcenés, à qui rien n’était sacré que leur impiété. Deux hautes tours qui servent aussi de clochers, donnent aussi beaucoup de grâce à ce frontispice. Elles se poussent bien avant dans l’air, étant levées chacune sur-quatre piliers qui les soutiennent, de même qu’ils s’aident à supporter la voûte de cette église: ce qui certainement n’est pas l’entreprise d’un architecte peu habite. Au milieu de cet espace qui les sépare, éclatait de loin une grande statue de Saint Maurice, composée de bronze doré. L’année 1567 lui fut fatal, comme à toutes les autres desquelles nous avons parlé. Elle fut précipitée en bas; mais la justice divine ne laissa pas impuni le malheureux qui commit ce sacrilège.

Une volée de canon l’emporta en même temps et vengea ainsi l’injure faite à ce grand martyr par cet impie. Entrant dans cette église on est ravi de n’y voir rien que de beau et de riant. Elle est percée de tous côtés avec tant d’art et de bonheur, qu’il n’y en a point de mieux éclairée dans le reste de la France, et peu qui le soient si bien. Sa longueur est de cent quatre pas, sa largeur de trente-neuf, et sa hauteur est proportionnée à l’une et à l’autre. Sa voûte, autrefois azurée et semée partout d’étoiles d’or, est supportée par quarante-huit colonnes, dont vingt-quatre sont engagées dans les murailles. Elle est environnée de hautes galeries qui ont leur vue par plusieurs fenêtres sur le chœur et sur la nef, comme elle l’est aussi en dehors de tous côtés. Le chœur est un peu plus élevé que la nef. Sa tribune, sur laquelle est exposé le signe sacré de notre rédemption, est en partie d’une pierre fort belle et si polie, que le cristal ne l’est guère mieux. Les armes de la maison de Villars, qui sont d’azur a trois molettes d’or au chef d’argent, chargé d’un lion léopardé de gueules, et celles de Maugiron, qui portent gironné d’argent et de sables de six pièces, y témoignent que c’est par tours bienfaits qu’elle a été relevée de ses ruines, et remise en l’état où elle paraît présentement. Une chapelle y est fondée sous le titre de la Sainte-Croix. Elle est la cure de cette église et de son clergé. Le doyen en est non seulement le patron, mais par un droit assez extraordinaire et qui a peu d’exemples, il est en possession d’en pourvoir. Et ce qu’il y a de plus étrange, quand même il n’aurait pas le pouvoir d’administrer les sacrements, comme il est arrivé souvent, celui qu’il a nommé et qui a ses provisions, ne laisse pas de l’avoir sans la demander ailleurs

 

 

Livre V Chapitre 12 – Prieuré de Saint Blaise, rue du bordel public

“Ainsi, cette agréable éminence est consacrée aujourd’hui au culte divin par tant de maisons religieuses, comme autrefois elle semblait l’être à la vénération des puissances de la terre avant que Vienne déchût de sa gloire. Jetons les yeux devant que d’en descendre, sur des masures maintenant peu visibles du prieuré de Saint-Blaise, et sur une rue voisine qui a un nom bizarre de la rue du Bordel.

Le prieuré de Saint-Blaise dépendait de celui de Saint-Martin, et par conséquent de l’ordre de saint Ruf. L’église n’en était pas encore entièrement ruinée l’an 1566, mais elle l’est présentement à ce point qu’on ne saurait marquer assurément où elle était. Du moins nous sommes certains qu’elle n’était pas éloignée du lieu qu’occupe celle des pères Capucins. Elle était aussi une des paroisses de cette ville, le titre lui en est donné par divers documents que j’ai vus, et ils ne souffrent point que je doute que les fonctions n’y en aient été exercées durant quelques siècles. Toute cette éminence était même, à cause de cela, nommée Saint-Blaise de la Rochette, et particulièrement ce que la maison des pères de la Compagnie de Jésus en occupe. Dans Rome les choses nécessaires à l’entretien de la vie étaient exposées en vente en des places différentes les Latins les appellent Fora, et nous marchés. Il y en avait entre autres dans la septième région, ou, comme nous parlons maintenant, dans le septième quartier de cette royale ville, une destinée à la vente des pourceaux, que les anciens nomment Forum suarium. Dans Vienne le lieu où se faisait ce commerce était une place voisine de ce prieuré, et il était défendu, à peine de cent sous, d’en embarrasser d’autre endroit. Le voyeur, avant que cet office fût uni au consulat, était particulièrement chargé par des règlements du 1° de janvier 1577 de prendre garde que cette ancienne coutume fut exactement observée.

Je ne sais par quelle rencontre la vente publique des boucs et des chèvres se faisait si près de la rue où ces malheureuses, nommées par les anciens scorta, prostibula et lupa vendaient publiquement l’usage de leurs corps. La rue du Bordel répond à celle de la chèvrerie et presque au même lieu où le paysan vendait ses chèvres, la louve se vendait elle-même. Avant que les bonnes mœurs et les ordonnances de quelques-uns de nos princes eussent défendu si étroitement cette publique prostitution, les villes bien policées avaient presque toutes des lieux écartés dans l’enceinte de leurs murailles où ces femmes débauchées étaient comme reléguées, sans qu’il leur fût permis d’exercer ailleurs cette honteuse profession, Je dis profession, parce qu’il est vrai qu’elles étaient obligées chez tes Romains, et depuis chez les peuples qui ont suivi leurs lois et leurs coutumes, de déclarer se dévouaient à qu’elles cet infâme genre de vie, de consentir que leurs noms fussent écrits dans les registres publics au nombre des femmes publiques, et enfin de changer d’habits et d’habitation. D’abord elles étaient chassées de la conversation des honnêtes femmes il ne leur était plus permis de paraitre que dans ces lieux publics, que Tertullien appelle si ingénieusement « consistoria libidinum publicarum » Cette rue était infectée par les ordures de ce libertinage, et Je nom de Bordel qui la déshonore en est une marque infaillible. Ce n’est pas que le Bordel n’ait été parmi les Romains une chose si peu blâmable, que souvent les plus honnêtes gens, comme tes nomme le jurisconsulte Ulpien, en établissaient dans leurs fonds propres. Ils les peuplaient de femmes et de filles nées dans la servitude, et il leur en venait un double profit, Ce qu’elles gagnaient, et si elles devenaient grosses, les enfants dont elles accouchaient appartenaient à leurs maîtres qui disposaient avec liberté de l’un et de l’autre; et cela étant, cette sorte de négociation, pour parler comme les jurisconsultes, n’était que fort avantageuse. Mais notre politique a aujourd’hui beaucoup plus de pureté, quoique ces mœurs en aient moins. Elle ne souffre rien de pareil, et si la chasteté a autant d’ennemis secrets qu’elle en eût jamais, du moins il n’en est point qui ose se déclarer contre elle, ni lui faire la guerre ouvertement. L’ordonnance de saint Louis, qui veut que l’on chasse des villes ces misérables, qu’elle appelle Ribaudes, est soigneusement observée parmi nous, et il est peu de ville dans la chrétienté où les vices aient moins d’amis ou de protecteurs, ni où ils trouvent sitôt leur récompense dans leur infamie et dans la haine publique.”

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